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La mobilisation de la mémoire à des fins de cohésion sociale est-elle toujours opérante ? Au vu de la période, la réponse va, moins que jamais, de soi.
Une décennie après la mobilisation massive autour du slogan « Je suis Charlie », la cohésion est nettement retombée. Comment l’expliquez-vous ?
Sarah Gensburger – C’est le moins qu’on puisse dire. Ce n’est pas parce qu’il y a un moment de cohésion nationale que les leçons et la mémoire d’un événement vont converger dans la durée. Celles et ceux qui font le plus souvent référence publiquement à la mémoire de l’attentat contre Charlie Hebdo s’inscrivent plutôt dans une lecture de l’événement comme une attaque contre la laïcité.
Or, par exemple lors du procès, il est apparu que toutes les victimes de l’attentat du 7 janvier 2015 n’avaient pas toutes exactement la même interprétation des causes et leçons de l’attentat. Et plusieurs analyses de la grande marche d’hommage du 11 janvier 2015 ont montré que même lorsqu’ils se réunissent, les Français ne donnent pas tous le même sens au passé qu’ils commémorent pourtant ensemble. Malgré son caractère massif, la marche contenait, dès le départ, des regards différents sur la tragédie. Ces divergences se sont affirmées.
Charlie Hebdo et les autres attentats de janvier 2015 n’ont pas été patrimonialisés au même niveau que le 13 novembre, car dès le départ, la lecture de ces attaques – qui ont eu lieu sur plusieurs jours et ont visé des publics divers – a été davantage politisée.
« Construire une mémoire visible publiquement est un processus que, spontanément, la société n’organise pas. »
Or, la commémoration s’instaure lorsqu’on peut s’appuyer sur un certain consensus. Les événements de janvier 2015, non seulement Charlie Hebdo, mais aussi l’Hyper Cacher et Montrouge1, se distinguent du 13 novembre sur ce point.
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