Religion |  Pierre-Louis Choquet,
Jean-Victor Élie,
Anne Guillard
 |  Éditions de l’Atelier, 2017, 144p, 15€
Par Martin de Lalaubie | 25 septembre 2017
Print Friendly



Écrit à six mains, Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien se veut une déclaration d’espérance face aux défis de notre monde. Trois « jeunes chrétiens » répondent par ce plaidoyer à leurs coreligionnaires, souvent de la même génération, qui (re)découvraient l’engagement politique à l’occasion des manifestations contre le projet de loi sur le « mariage pour tous ». Si le besoin de se démarquer de cette jeunesse conservatrice est leur point de départ, ils évitent de s’enfermer dans une polémique stérile. Anne Guilard, Jean-Victor Elie et Pierre-Louis Choquet veulent surtout dessiner, au fil des pages, les contours que pourrait prendre « un nouvel engagement chrétien » dans un monde qui a basculé, notamment en découvrant les limites environnementales de sa condition. C’est parce qu’ils ont conscience que la société ne parle plus nécessairement le langage de Dieu qu’ils invitent à relever le défi de trouver les mots nouveaux pour « rendre compte de l’expérience du dialogue de Dieu avec les hommes ». C’est l’enjeu du deuxième chapitre, intitulé « Vers un christianisme de l’inachèvement ». L’appel à s’engager « ici et maintenant » est la voie la plus directe vers un Dieu à « recueillir dans l’expérience ». Cette partie, marquée par un fort accent théologique, leur permet d’asseoir leur inspiration : le concile Vatican II (qui n’a pas encore tenu toutes ses promesses), mais aussi Joseph Moingt, théologien jésuite centenaire qu'ils prennent comme maitre à penser, et l’encyclique Laudato si’, invitation à questionner ce monde et à le réinventer. C’est sur cette invitation que s’arrête le troisième et ultime chapitre, où les jeunes auteurs s’attèlent à ouvrir le champ des possibles : « Appelés à composer une nouvelle terre ». Conscients que les chrétiens se doivent de répondre avec espérance, ils regardent en face l’ampleur des défis posés par l’ère de l’Anthropocène. Le lecteur se voit ainsi proposer trois pistes d’engagements complémentaires pour « ne plus simplement être des humains, mais aussi de véritables terriens ». « Agir collectivement sur nos conditions d’existence » : non pas seulement en convertissant les cœurs mais en juxtaposant une prise de conscience partagée des déterminants structurels qui régissent notre société. « Articuler le social et l’écologique » dans la droite ligne de Laudato si’. Et « retrouver le sens de l’hospitalité », un lieu d’action à la portée de tous où chacun peut parler « le langage de Dieu ». Les auteurs savent bien que ce plaidoyer seul ne suffira pas et leur conclusion en témoigne : « tout reste à faire ». Mais désormais, le route est éclairée pour qui a cheminé au fil de leur réflexion. La force de cet ouvrage est de permettre à toute une génération de jeunes chrétiens engagés d’étayer les intuitions qui les habitent. Le nombre de notes pourrait freiner la lecture (un biais qui reflète que deux des auteurs écrivent une thèse en parallèle !) mais la réflexion est assurément appuyée sur des travaux qui ont marqué les dernières décennies. Ils trouvent ici un écho dans une pensée cohérente, articulée aux défis de notre siècle. Ce plaidoyer enrichira l’action de nombre de jeunes qui croyaient « l’engagement chrétien » réservé à d’autres qui ne pensent pas comme eux. C’est tout ce que nous souhaitons.