Économie |  Antoine Peillon |  Seuil, 2012, 190 p., 15 € Par Jean Merckaert | 24 août 2012
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On sait les sommes astronomiques qui s’évaporent vers les paradis fiscaux. On sait aussi comment. En théorie du moins, car le commerce de l’opacité est difficile à documenter. Avec ce livre événement, on entre dans le concret. Et, comme souvent, la réalité dépasse la fiction. Ou comment UBS, leader mondial du private banking, a pu en toute impunité blanchir de l’argent, organiser l’évasion fiscale des plus grandes fortunes françaises (dont celles de nos « champions » sportifs ou industriels), et simuler depuis 1999 le déficit permanent de sa filiale française. La double comptabilité utilisée – via les ultrasecrets « fichier vache » et « carnet du lait » ! – et l’effacement des traces dicté par la direction prêteraient presque à sourire si le vol organisé de nos deniers publics n’était d’une telle ampleur. Et, surtout, si tout ceci ne s’était pas opéré au vu et au su des services secrets, de la Banque de France, du gouvernement et d’une justice aux ordres. Selon Antoine Peillon, l’UMP a voulu enterrer l’affaire pour protéger certains de ses principaux donateurs, dont Liliane Bettencourt. Quoiqu’écrit un peu vite, ce livre s’avale d’une traite. Il doit beaucoup aux confidences de salariés d’UBS ulcérés par les pratiques de leur employeur. Depuis, une information judiciaire a été ouverte. Et d’autres fuites ont permis à Libération de mettre en ligne le 22 mai 2012 le petit manuel de l’évasion fiscale d’une autre banque… BNP Paribas (« Grande fortune : le guide de BNP Paribas pour l’emporter aux paradis »). Le sursaut éthique des salariés désarmera-t-il le capitalisme sauvage ?

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