Politique |  Pierre-Olivier Monteil |  Lemieux éditeur, 2017, 128 p., 16 € Par Alain Cugno | 24 juillet 2018
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Entreprise périlleuse mais réussie, tentée par un très bon spécialiste de Paul Ricœur : parler de l’inspiration ricœurienne de l’actuel président de la République. Comment s’assurer que le rapprochement ne sera pas démenti dans les années à venir par celui dont personne, sans doute, ne peut savoir encore dans quel horizon il inscrit son action ? L’auteur en est bien conscient, qui conclut son travail par la remarque que cette « situation d’inachèvement irrigue l’ensemble du propos d’un sens aigu du relatif ». Ces pages passionnantes montrent la réalité de la formation philosophique d’Emmanuel Macron et sa fréquentation fondatrice de Paul Ricœur. Profondément en accord avec celui-ci, la conviction affirmée par le candidat puis le président que le libéralisme politique doit surmonter le libéralisme économique. Peut-être l’aspect le plus intéressant consiste-t-il en une compréhension de la démocratie discrètement présente d’un bout à l’autre du livre : la démocratie est construite autour de la figure absente du roi. Macron entend la restaurer quand Ricœur peuplait ce centre vide par la pluralité des héritages et Claude Lefort par la délibération. Cependant tous les autres thèmes ricœuriens  ̶  action, éthique, mémoire  ̶  sont présents aux écrits et discours d’Emmanuel Macron. Aux discours certes, mais aux actions ? Pour le moment, la question reste posée. In fine, il est heureusement suggéré que manque la dimension poétique. On pense au « Pas de politique sans littérature » de Christiane Taubira.