Économie |  Tiffany Blandin |  Seuil, 2017, 128 p., 12 € Par Jean-François Mézières | 25 juin 2018
Print Friendly



Depuis le début de l’ère industrielle se pose la question de la destruction du travail que provoquent les nouvelles technologies. Nombreux sont ceux qui ont montré, comme Max Weber, que lorsque des milliers de postes de travail disparaissaient, de nouveaux emplois apparaissaient. Mais, en sera-t-il de même avec les progrès de l’intelligence artificielle et les mutations profondes des modes de production ? Telle est la question centrale du livre de Tiffany Blandin : Un monde sans travail ? Moins qu'une approche théorique, il s'agit pour elle de faire ressortir des tendances fortes, qui expliquent comment l’intelligence artificielle bouleverse le travail et notre société. Avec la montée en puissance du numérique, plus les entreprises de technologies prospèrent, plus l’intelligence artificielle rend le salarié obsolète.
Tous les métiers sont concernés, d'où une véritable « disruption » dans de très nombreux domaines d’activités : le remplacement des caissiers de McDonald affecte 50 000 emplois mais ce sont aussi bien des juristes ou des activités de services qui seront concernés. Certes les évaluations prospectives divergent : plus d’un milliard d’emplois supprimés en 2050 dans le monde ? 6 % de postes supprimés en France selon l’OCDE. La diminution drastique du travail humain dans la production des biens et des services réduit considérablement les coûts moyens et donc les marges de rentabilité. Nous serions suffisamment « évolués » pour construire des machines travaillant à notre place mais, dès lors, revenir à une organisation sociale qui met au banc 80 % de la population.
À partir de nombreux cas analysés, Tiffany Blandin étaye son discours de manière argumentée. Elle souligne en conclusion les impasses auxquelles nous sommes confrontés et ouvre quelques pistes comme celle de l’appropriation, dans des plates-formes coopératives, des technologies d’intelligence artificielle. Alors que les politiques, comme les medias et les cadres d’entreprise, refusent de regarder le phénomène en face, une prise de conscience est urgente face à des bouleversements inéluctables. Rien de nouveau dans les annonces, mais une analyse pointilliste qui ne laisse pas indifférent.