Religion |  Jean-François Bayart |  Karthala, 2016, 104 p., 10 € Par Jean-Marie Carrière | 6 avril 2018
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Pour Jean-François Bayart, spécialiste de sociologie historique et comparée du politique, l’instauration de l’hégémonie libérale s’est accompagnée de la dépolitisation de la cité et de la naturalisation des consciences identitaires, d’ordre national, religieux, ethnique. En d’autres termes, la question identitaire s’est substituée à la question sociale et politique. Lorsque la violence surgit (sous la forme brutale, nouvelle et collective de l’attentat), elle se trouve énoncée dans le registre identitaire, mais en décalage avec le réel, parce qu’une telle interprétation ne prend pas en compte la déshérence sociale. Ainsi, ce n’est pas l’immigration qui constitue un problème, mais bien plutôt la manière dont elle est gérée. Celle-ci est devenue l’objet favori de « l’obsession identitaire ». L’immigré, de « travailleur », est devenu « musulman », et l’islam s’est mué en nouvel ennemi de l’intérieur. Malgré le danger que représente le fait de se définir un adversaire, djihadisme et laïcisme se renforcent mutuellement comme ennemis réciproques. Ils opposent deux types de subjectivation politique d’orientation ethno-confessionnelle. Et ils s’opposent férocement à ceux et celles des citoyens qui entendent continuer à vivre en bonne intelligence de part et d’autre des appartenances, des croyances, des origines. À partir de ses réflexions antérieures sur la formation de l’État dans son interaction avec la dimension du religieux, Jean-François Bayart montre comment la politique étrangère de la France a contribué à enclencher cette machine identitaire, lorsque l’on est passé d’un monde d’empires à un système d’États-nations. Sans doute la prégnance actuelle des questions identitaires possède-t-elle quelques racines plus anciennes dans l’histoire européenne. Il n’en reste pas moins que ce petit ouvrage vigoureux offre une analyse utile pour mieux comprendre ces facteurs que sont djihadisme et laïcisme, qui compliquent notablement la question.