Écologie |  Anahita Grisoni |  Temps Présent, 2017, 134 p., 12 € Par Sarah Lickel | 12 février 2018
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Dans De la contre-culture à la loi du marché, Anahita Grisoni enquête sur le succès du bio et des médecines dites « naturelles » qui font désormais parties du quotidien des Français. Elle déroule d’abord le récit chronologique d’une transformation des pratiques de santé naturelle durant les trente dernières années. Relevant dans un premier temps du domaine de la contestation, elles se sont progressivement étendues, touchant des franges beaucoup plus larges de la population et s’insérant aujourd’hui dans le régime du marché. L’auteure, chercheuse au CNRS et à l’École des Hautes études en sciences sociales passe ainsi en revue l’évolution des pratiques : le développement des courants naturels, l’individualisation extrême des modes et des régimes alimentaires, les reconversions professionnelles engagées par certains. Elle prend ensuite le parti de sortir de l’opposition entre la santé naturelle comme « contre-culture » et sa récupération par le marché pour l’observer comme phénomène de groupe. Elle dépeint la relativité de ces pratiques et des convictions qui les sous-tendent, leurs évolutions et le phénomène de normalisation sociale. La sociologue s’interroge sur une perception idéologique de l’écologisme, comme un mouvement réactionnaire, parfois conservateur, voire empreint de mysticisme. Certes marquée par des évolutions, avec la diffusion des pratiques de santé naturelle ou d’alimentation biologique, cette image persiste. D’où l’interrogation, en conclusion, sur le lien entre une dimension individuelle de l’écologie et son pendant politique et collectif, ouvrant le questionnement à une vision de l’avenir, celui d’une société où justice sociale et écologie vont de pair.