Religion |  Robert Culat |  L’Harmattan, 2016, 142 p., 15,50 € Par Matthieu Cassou-Mounat | 25 janvier 2018
Print Friendly



Il est des phénomènes de mode qui empêchent de penser et de discerner. Le fleurissement récent du véganisme pourrait à bien des égards, en faire partie. Il suffit de voir les violents échanges sur internet entre éleveurs, végans, industriels… Robert Culat, prêtre du diocèse d’Avignon et végétarien militant, n’est pas de ceux qui suivent les modes sans se poser de questions. Déjà auteur d’un petit opuscule intitulé Méditations bibliques sur les animaux, Robert Culat n’hésite pas à confronter son mode de vie, sa foi et ses lectures, quitte à s’y laisser déplacer. Ces Méditations patristiques s’articulent en deux parties. La première autour du verset 29 du chapitre 1er de la Genèse : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence […] : telle sera votre nourriture. » La seconde autour des versets 26 à 28, où Dieu fait de l’homme « le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre ». L’auteur nous présente un à un les commentaires réalisés par les pères de l’Église sur ces versets. Puis il fait résonner chacun avec son expérience et la pensée d’autres auteurs. Cette promenade dans les écrits des pères de l’Église nous permet d’embrasser toute la diversité de leurs points de vue quant au mode de vie végétarien : de l’anthropocentrisme de Didyme l’Aveugle au paradis végétarien de Basile de Césarée, en passant par la lecture purement métaphorique de saint Augustin. Finalement, si la lecture anthropocentrique des textes de la Genèse a prévalu au cours des derniers siècles, le renversement matérialisé par l’encyclique Laudato si’ du pape François trouve également ses racines dans une pensée chrétienne ancienne. Robert Culat souligne ainsi, au cours d’une de ses Méditations, que la règle écrite par saint Benoît guide le moine vers un régime végétarien, la consommation de viande n’étant réservée qu’aux frères malades. La lecture de ces Méditations patristiques est assurément enrichissante. Si le format impose un écrit un peu ramassé et quelques raccourcis dommageables, l’auteur sait faire preuve de pédagogie et d’ouverture, rendant la méditation du lecteur stimulante et agréable.