Société |  Miguel Benasayag |  éditions la Découverte, 2016, 200p., 18€ Par Matthieu Cassou-Mounat | 8 janvier 2017
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Henri Bergson l'avait déjà pressenti, il y a maintenant près d'un siècle: le cerveau est le «clou» sur lequel notre conscience est accrochée. Toucher à ce clou, c'est risquer de bouleverser notre rapport au monde.Miguel Benasayag analyse les évolutions techniques actuelles et leur sens; il critique leurs finalités.Rappelant le caractère central du cerveau dans le projet moderne, il montre combien y toucher, c'est toucher au cœur de ce que nous croyons être notre être-propre. Celui qui le prend comme objet banal de ses propres techniques, se trouve désormais dans une solitude où il est lui-même absent comme sujet.Au cours de son ouvrage, Miguel Benasayag démonte la «physicalisation» à l’œuvre dans les techniques neurologiques. Il souligne, à l'inverse, l'étroite imbrication du cerveau avec ce qui l'environne: le corps dans son ensemble et la culture dans laquelle est baigné le sujet. Contre une vision purement mécaniste, il rappelle par exemple l'intérêt de l'oubli ou de la plasticité qui est à l’œuvre dans notre corps. Il s'insurge aussi contre une vision «simpliste» de notre existence. Augmenter notre cerveau comme on ajouterait une barrette de mémoire vive à notre ordinateur, c'est nier notre singularité et affadir toute notre existence. On dit qu'un robot peut «penser» ou «ressentir des affects», ce n'est pas la faute du robot mais plutôt parce que nous sommes de plus en plus plats et banals, incapables de discerner la profondeur et la singularité du phénomène humain. Cerveau augmenté, homme diminué est un ouvrage stimulant qui donne le goût de vivre avec plus de force et d'intensité. Si l'auteur manifeste un goût certain pour l'érudition, le propos demeure simple et incisif.