Religion |  Juan Carlos Scannone |  Lessius, 2017, 272 p., 25 € Par Grégoire Catta | 30 janvier 2018
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L’élection d’un pape argentin a attiré l’attention sur un mouvement théologique jusqu’alors peu connu : la théologie du peuple. Selon Gustavo Gutiérrez, un des pères de la théologie de la libération, il s’agit d’un « courant qui a des traits propres à l’intérieur de la théologie de la libération ». Juan Carlos Scannone nous offre une introduction très précieuse, et jusqu’alors inédite en langue française, sur ce courant dans lequel Jorge Mario Bergoglio, sans être lui-même théologien de profession, a baigné avant de devenir pape et qui donne donc une clé de compréhension de son pontificat. Une première partie présente le contexte d’émergence de la théologie du peuple dans la réception argentine de l’appel conciliaire à interpréter les signes des temps et du tournant de l’option pour les pauvres opéré par l’Église latino-américaine à la conférence épiscopale continentale de Medellín (1968). Cette approche privilégie la catégorie de peuple et l’analyse historico-culturelle pour relever le défi d’une théologie ancrée dans la réalité historique de la pauvreté massive et la lutte libératrice contre toutes les formes d’injustice. Elle se distingue du courant central de la théologie de la libération, mieux connu en Europe, qui s’appuie en priorité sur une analyse socio-économique des situations marquées par la dépendance et n’hésite pas à recourir, de manière critique, à des catégories marxistes. Dans une seconde partie, Juan Carlos Scannone s’attache à des réflexions sur l’enjeu d’une théologie « inculturée » qui passe par la reconnaissance et la valorisation de la sagesse et de la piété populaire, expressions privilégiées d’une culture travaillée par l’Évangile et d’un message évangélique incarné culturellement et historiquement. L’appui sur les documents des évêques latino-américains lors des conférences du Conseil épiscopal latino-américain est ici très éclairant. La dernière partie offre une lecture des perspectives théologico-pastorales de François, principalement le programme que constitue l’exhortation Evangelii gaudium de 2013. Si la catégorie de peuple peut susciter des interrogations dans nos contextes européens, bien différents de l’Argentine, les réflexions offertes par Juan Carlos Scannone sont particulièrement importantes pour mieux comprendre le pape et tirer le meilleur de ce « chemin possible et fécond, mais non unique, pour arriver à une intellection réflexive de la foi à partir de l’expérience historique et de l’ethos culturel d’un peuple ».