Société |  Benjamin Boudou |  CNRS Éditions, 2017, 248 p., 23 € Par Jean Vettraino | 23 novembre 2017
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Des mythes tenaces s’attachent à la notion d’hospitalité. Benjamin Boudou, chercheur en sciences politiques, s’emploie à les cerner, suivant une méthode généalogique – qu’il prend soin d’expliciter – à travers l’accumulation de(s) sens de l’hospitalité. Il dresse une généalogie du concept d’étranger et montre en même temps tout le parti que la théorie politique peut tirer de l’anthropologie et de la philosophie.  Mythes, donc. De l’hospitalité du « bon sauvage », lié à un état de nature imaginaire, construite au siècle des Lumières. De l’hospitalité antique, qui serait elle liée à la vertu d’un contrat réciproque, l’auteur mettant bien en relief la différence entre les Grecs et les Romains, et l’ambiguïté contenue dans le terme latin hostis, désignant à la fois l’étranger et l’ennemi. Mythes, encore, de l’hospitalité chrétienne (vertu de la charité) ; de l’hospitalité cosmopolitique, que les philosophes – de Francisco de Vitoria à Kant –  voudrait basée sur la raison (vertu de la sociabilité) ; de l’hospitalité inconditionnelle (vertu de l’altérité, l’auteur s’appuyant en particulier sur Jacques Derrida)… Ce travail de déconstruction et de clarification est au service d’un vrai questionnement : « Les crises migratoires, qui deviennent en fait un régime normal de circulation des plus démunis (…) ne cessent de rappeler l’importance de comprendre ce qu’est l’hospitalité ; c’est-à-dire à la fois d’en saisir les limites (pourquoi l’hospitalité ne peut pas remplacer les droits), et de se montrer digne de son appel (pourquoi il doit y avoir accueil, quelles qu’en soient les conditions). » Car l’hospitalité est une affaire politique : elle trace des frontières, parle de l’identité de la communauté (qu’elle soit tribale, villageoise, nationale, européenne)… C’est quelque chose de construit, politiquement, socialement et individuellement. Hospitalité : sorte de milieu, plus ou moins juste, entre l’accueil et l’intégration, entre-deux, gestion pacifique de la méfiance et de l’altérité.