Société |  Benoit Duguay |  Liber, 2014, 156 p., 16 € Par Jean Vettraino | 28 janvier 2016
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Benoit Duguay, professeur de sciences de la gestion à l’Université du Québec, se penche sur ce qui se consume. Non pas dans l’environnement (absent de cet essai), mais pour les individus pris par l’endettement et dans l’immédiateté de leurs désirs, et pour les entreprises prises dans une course sans fin au profit. Nous serions entrés dans une société de « consumation », un néologisme (emprunté à Michel Maffesoli) signifiant les aspects excessifs et destructeurs de la consommation actuelle. L’autre mot clé du livre est celui de l’hyperconsommation (en référence aux travaux de Gilles Lipovetsky). Car si « la société de consommation est la moins mauvaise des formes de société testées jusqu’à présent », ses dérives, à commencer par le creusement d’inégalités vertigineuses, menacent l’ensemble du système. Les responsabilités sont partagées. Certes, la publicité, dont la rhétorique est décortiquée, assène que le bonheur et la liberté, tout autant que notre image, passent par nos achats. Certes, le nombre de produits nouveaux déversés est ahurissant, quel que soit le secteur d’activité : en une année, 300 parfums peuvent être lancés, et Sony proposer 5000 nouveautés… Mais les individus jouent volontiers le jeu : l’engouement pour les technologies mobiles (auquel l’auteur a consacré un précédent ouvrage) va jusqu’à la constitution de « tribus », dont la « tribu iPhone » serait le parangon. Et, finalement, les consommateurs riches ne cautionnent-ils pas « les pratiques inhumaines liées à la délocalisation de la production dans des ateliers de misère » ? Comment trouver une voie responsable et équitable ? Si la réponse ne saurait être simpliste, l’auteur appelle à mieux réguler l’offre et, pour ce qui est de la demande, à commencer par « l’intériorisation du sens de la limite, soutenue par un lent travail collectif qui passe notamment par la famille et par l’école, et qui consiste en une véritable éducation à la consommation ».