Politique |  Nathalie Caron et Guillaume Marche (dir). |  Presses universitaires de Rennes, 2015, 202 p., 16€. Par Marie Drique | 12 novembre 2015
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Étudier les relations entre politique et religion n’est certes pas neuf. L’originalité de l’angle d’analyse choisi dans cet ouvrage collectif, dirigé par deux professeurs de civilisation américaine, Nathalie Caron et Guillaume Marche, est une interrogation sur les processus de requalification et de reconnaissance de l’activité religieuse comme politique à l’ère moderne. À partir d’études de cas anglo-saxons, les auteurs exposent les divers dispositifs de cette politisation, de la réécriture des liturgies à la réorganisation d’institutions ecclésiales, en passant par la transformation de pratiques cultuelles pour les rendre cohérentes avec un message politique. Ils mettent ainsi en relief une circulation entre profane et sacré en observant la façon dont le politique s’immisce dans le religieux. En filigrane, ce sont les vecteurs de cette politisation qui se révèlent – notamment la foi des croyants –, nous rappelant l’importance du lien entre engagement politique et vision du monde comme celle du rôle de la religion dans la définition de l’identité individuelle et collective. Malgré une réalité éloignée du cas français, cet ouvrage n’en offre pas moins des clés d’analyse pertinentes pour le comprendre. On ne peut s’empêcher notamment de faire un parallèle entre la situation dépeinte en Nouvelle-Zélande, où la politisation des questions sexuelles a conduit à un réveil identitaire au sein des mouvements protestants des courants les plus conservateurs, et les mobilisations en France sur le même thème, ou plus généralement autour de la gestion du vivant. Le religieux et le politique sont bien deux domaines « distincts mais inséparables » concluent les deux directeurs de l’ouvrage, et « si le politique sécularisé peut se passer du religieux, le religieux lui, ne peut renoncer au politique ». Mais, alors que les appels à la spiritualité et la demande de « sens » se font plus présents dans le domaine politique, on peut s’interroger sur la première partie de l’affirmation. Alors que, selon l’expression de Jean-Paul Willaime, les « désenchanteurs sont (eux aussi) désenchantés », où retrouver du sacré si l’on ne peut s’en passer ?