Politique |  Guy Hermet |  Cerf, 2012, 262 p., 25 € Par Jacques Rollet | 25 novembre 2013
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Guy Hermet est un politologue bien connu pour ses travaux sur les régimes autoritaires et sur la démocratie. Mais s’il étudie celle-ci, c’est en fonction de ce qu’il sait des autoritarismes. Son dernier ouvrage illustre sa démarche : « Remettre en lumière la longue compétition des démocrates et des autoritaires » (p. 11). Le premier chapitre est consacré aux sources de la démocratie : elles sont européennes et occidentales. Après avoir rappelé le rôle d’Athènes au Ve siècle, il met en lumière l’influence de la doctrine chrétienne du droit naturel sur la conception de la souveraineté populaire ainsi que la promotion de l’individu dans la philosophie de Guillaume d’Occam. Le christianisme a ainsi joué un rôle majeur dans la promotion de l’individualisme au sens politique et sociologique. Cette étude historique se révèle en revanche très critique à l’égard des libéraux qui ont toujours voulu le suffrage censitaire au XIXe siècle. Il fait appel à Tocqueville pour expliquer ce phénomène : « Je regarde comme inique et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs » (De la démocratie en Amérique, tome I). Ce parcours historique nous emmène successivement en Angleterre, en France (où règne le discours de la bourgeoisie pour s’annexer le peuple contre l’aristocratie) aux États-Unis (où règne la religion). Particulièrement intéressante est l’étude de l’autoritarisme libéral incarné par Napoléon III et Bismarck. Guy Hermet montre bien comment le bonapartisme allie la dimension libérale-autoritaire avec la dimension césariste-populiste. L’ouvrage s’attache ensuite à présenter le poids du clientélisme dans les États latino-américains, avant de revenir aux fascismes italien et allemand (il montre bien que le franquisme n’est pas un fascisme, comme ne l’est pas non plus le régime de Pinochet). Sous l’appellation de « démocraties tardives » sont enfin étudiés le Portugal et la Grèce. G. Hermet est surtout désireux de mettre en lumière les obstacles que rencontre la démocratie pour s’établir. La conclusion est ainsi particulièrement éclairante : l’illusion du « printemps arabe » a remis en question la vision optimiste de l’accès à la démocratie. Il faut des préalables culturels pour cet accès et ils n’étaient pas réunis dans le monde arabe. L’auteur manifeste par ailleurs une véritable hargne à l’égard de la démocratie participative (un phénomène de privilégiés accaparant le pouvoir non élu) comme à l’égard de la « gouvernance » (« l’opposé » de la démocratie »). Doit-on partager cette hargne ? La présentation très critique qu’il fait de la démocratie représentative au XIXe siècle devrait le rendre plus indulgent pour les tentatives qui visent à l’améliorer. Un dernier regret : on aurait aimé avoir une étude des facteurs culturels dus à l’islam : un frein pour la démocratie ?