Le protectionnisme commercial[1], débarrassé des oripeaux diaboliques dont l’affuble la vulgate libre-échangiste, est une option politique parmi d’autres[2]. L’Italie vient de révéler combien cette option est d’actualité. LVMH avait racheté Bulgari, EDF cherche à prendre le contrôle de son homologue italien Edison, la montée du français Lactalis au capital du groupe Parmalat a finalement poussé le gouvernement italien à adopter, le 23 mars dernier, un décret-loi pour protéger les entreprises du pays contre les OPA (offre publique d’achat). Sont concernés les secteurs de l’alimentation, des télécommunications, de l’énergie et de la défense. Nous sommes prompts à remettre en cause le dogme du libre-échange au sein même de la zone euro, dès que nos intérêts économiques paraissent menacés! Mais deux questions se posent : quel type de protectionnisme pourrions-nous connaître dans les années à venir? Quel protectionnisme désirons-nous mettre en place dans l’Europe de demain?

Ralentissement subi des échanges internationaux

La réponse à la première question me paraît conditionnée par deux facteurs : l’évolution du prix du pétrole et la proximité d’un nouveau krach financier. L’Agence internationale de l’énergie vient de l’annoncer discrètement dans son rapport annuel, le World Energy Outlook 2010 : le pic de pétrole a été atteint en 2006, autour de 70 millions de barils par jour, et ne sera plus jamais dépassé. La déplétion des anciens puits est responsable d’une chute de leur productivité que les techniques conventionnelles d’exploitation des gisements (connus ou à venir) ne permettent pas de compenser[3]. Le débat est encore ouvert sur le rôle des techniques non-conventionnelles d’extraction d’hydrocarbures (schistes bitumineux, fractionnement de la roche…) pour pallier l’insuffisance de l’offre conventionnelle. Pour la sauvegarde de la planète, on est en droit d’être sceptique, voire de souhaiter qu’il n’en soit pas ainsi. Or si l’offre de pétrole plafonne, la demande mondiale, elle, continue de croître de 200 000 barils/jour par an. À moins d’un nouveau krach financier, elle devrait bientôt excéder durablement l’offre – et le prix de l’or noir, flamber.

Certes, l’élasticité de la demande de pétrole par rapport à son prix est difficile à anticiper, mais nos économies en sont suffisamment dépendantes[4] pour qu’une hausse considérable du prix soit très vraisemblable (300 dollars le baril?). Celle-ci pourrait induire une violente récession de nos économies. Même si ce repli d’activité faisait ensuite redescendre le prix, il serait sans doute trop tard : la volatilité du prix de l’énergie, rendant l’avenir illisible, promet de paralyser une grande partie des décisions d’investissement, provoquant le même effet déprimant qu’un prix très élevé. Loin de couvrir nos sociétés contre ce risque systémique, les mouvements spéculatifs sur les marchés dérivés – qui pèsent trente fois le poids du marché réel de pétrole (dit marché spot) – sont déjà responsables d’une volatilité artificielle du prix du pétrole (comme en 2008). Il est même possible qu’à cause d’eux, le prix du baril s’envole avant que le plafond technique de production ne se fasse sentir : une bulle spéculative est en train de gonfler, entraînant la flambée des prix des biens agricoles et de l’énergie.

Une hypothèse vraisemblable est celle d’une « dé-globalisation »[5], une relocalisation du commerce par grandes régions (Asie, Amérique du Nord, Europe, Amérique latine, Afrique), déjà entamée du fait de la faiblesse de la demande des ménages de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et de la substitution des produits domestiques aux importations dans les pays émergents – en Chine notamment. Les années 2008-2009 (avec une contraction de 30 % du commerce mondial) auront été comme une répétition générale. Le pétrole cher pourrait accélérer la mise en place d’une forme de régionalisation commerciale, relativisant fortement les stratégies de développement du Sud construites sur l’exportation préférentielle d’un produit de base à destination du Nord (par exemple le coton tchadien). Le salut des pays émergents ne peut consister qu’en une production orientée vers leurs propres marchés. Les États-Unis, avec une dette (publique et privée) sans doute proche des 300 % du Pib, un taux de croissance annuel inférieur à 3 % et un taux d’épargne nul, ne pourront plus jouer le rôle de consommateurs à crédit qu’ils ont endossé depuis vingt ans. C’est ce qu’a compris Pékin, qui tente dès à présent d’honorer l’augmentation massive de sa demande domestique de textile (+ 25 % en 2009), rendue possible par la revalorisation des salaires de la côte Est. Certes, cela renchérit d’autant les textiles vendus aux groupes industriels occidentaux, qui se tournent vers le Pakistan, le Bangladesh… La Chine connaît donc, elle aussi, la sanction des délocalisations (de la part de nos propres multinationales), frein majeur à une amélioration des conditions de vie des salariés chinois et à un rattrapage salarial mondial.

Le risque d’un nouveau « krach » financier

L’alternative? Un nouveau krach financier qui ralentirait suffisamment nos économies pour retarder le moment où la demande mondiale de pétrole atteindra le plafond technique de l’offre. Ce scénario n’est pas à exclure, tant sont modestes les mesures adoptées pour réglementer les marchés financiers, dont la loi Dodd-Franck de l’été 2010 aux États-Unis. Par ailleurs, une restructuration « à chaud » des dettes publiques d’un pays européen plus significatif que l’Islande provoquerait sans doute un krach analogue à celui de septembre 2008 et remettrait en cause la zone euro. Ce scénario vraisemblable[6] ne serait guère plus favorable aux défenseurs d’un libre-échange débridé. Cette fois, les caisses des États seront vides. La fragilité persistante du système bancaire européen, qui dissimule, par divers artifices comptables, l’étendue réelle du désastre de 2008, pourrait lui être fatale et entraîner les États-Unis avec elle.

Qu’adviendrait-il? Ou bien la Chine est prise dans ce nouveau maelström : ses propres banques conservent beaucoup de créances douteuses et sa dépendance est forte à l’égard du dollar. Nous entrerions dans un sentier de décroissance généralisée à haut risque politique. Ou bien la Chine réussit son « découplage » vis-à-vis de l’économie occidentale et échappe au cyclone : une fois le bassin atlantique économiquement à genoux, il ne restera plus à Pékin et aux fonds souverains orientaux (à qui un pétrole cher promet encore de longs jours) qu’à racheter à bas prix le fleuron de ce qui nous restera d’industrie. Le secours financier actuellement consenti par Pékin au Portugal et à la Grèce pourrait être une manière de placer ses pions. Volvo est, aujourd’hui, une entreprise chinoise… Le seul moyen d’échapper à un raid financier – que diffèrent la sous-évaluation délibérée du yuan et l’instabilité économique mondiale actuelle – consistera à rendre juridiquement impossibles les OPA sauvages qui promettent au capitalisme occidental de devenir… « oriental ». Exactement comme l’Italie aujourd’hui, ou encore le Brésil qui taxe à 2 % les entrées de capitaux.

La volte-face italienne ne laisse guère de doute sur la vitesse à laquelle les pays de l’Union (sans parler des États-Unis) changeront leur rhétorique libre-échangiste en faveur de la défense des intérêts nationaux. Cela gênera-t-il les activités de private equity et de LBO (Leverage Buy-Out)[7] ? On est en droit d’en contester l’utilité sociale. Le bras-de-fer juridique pour entraver les opérations de rachat chinoises a déjà débuté avant la crise de 2007, en Europe comme aux États-Unis : il est vraisemblable que la reprise des hostilités dictera un protectionnisme financier de circonstance, destiné à protéger notre industrie de l’extraordinaire puissance financière dont disposent les fonds souverains orientaux (grâce aux hydrocarbures ou grâce à des excédents commerciaux rendus possibles, avant tout, par les conditions de travail indécentes imposées à leurs salariés).

Protectionnisme choisi

Sans attendre que les circonstances nous l’imposent, il nous serait possible de développer un « protectionnisme européen raisonné ». De quoi s’agirait-il? D’imposer des barrières douanières autour de l’Union européenne (UE), qui pénalisent les biens, services et capitaux importés des pays : qui ne respectent pas les conditions de travail « décentes » préconisées par l’Organisation internationale du travail; qui ne respectent pas les accords internationaux de Kyoto; qui tolèrent les sociétés écrans et permettent de contourner l’impôt dû ailleurs (non pas les paradis fiscaux au sens de la liste « grise » de l’OCDE, vidée de toute substance, mais au sens, par exemple, de l’indice d’opacité financière établi par le Tax Justice Network[8]). Ces conditions peuvent paraître insuffisantes : elles laissent de côté, notamment, les accords multilatéraux sur l’environnement, ainsi que tout ce qui pourrait concerner la lutte contre le dumping salarial. Elles n’en constitueraient pas moins une première étape. Quant à établir une taxe sur les biens produits dans des conditions salariales « déloyales », elle suppose une révision intellectuelle en profondeur du concept même de concurrence, qui n’est guère à la portée, aujourd’hui, de la Commission européenne ou encore de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)[9]. Quoi qu’il en soit, cette étape devrait s’accompagner d’un plan de transition verte de la zone euro (si cette dernière survit). La protection de notre industrie et de notre agriculture pour leur « mue » est une condition sine qua non de succès :le climat et l’énergie exigent des investissements de long terme pharaoniques (600 milliards d’euros selon la Fondation Nicolas Hulot), dans les infrastructures ferroviaires, la capture du CO2, l’isolation de l’habitat… La pression de la concurrence internationale rend difficilement envisageables de tels investissements. Il nous faut une nouvelle révolution industrielle, non moins phénoménale que celles des XVIIIe et XIXe siècles[10]. Ni l’Angleterre, ni l’Allemagne, ni la France, les États-Unis ou le Japon n’ont eu recours aux débouchés extérieurs pour leur décollage économique.

En un sens, la taxe écologique, abandonnée par le président Sarkozy, eût été un premier pas dans cette direction. Et le Système monétaire européen, de 1979 à 1993, constituait une version tout à fait réussie, dans son principe, d’une forme de protectionnisme régional tempéré. Sans doute conviendrait-il d’édifier de telles barrières par étapes, en ménageant, au moins dans un premier temps, les relations de l’UE avec l’Amérique du Nord, la Norvège ou la Suisse, par exemple. Nous devrons également faire des exceptions pour ce qui concerne les matières premières importées, certains produits agricoles et les biens d’équipement sans lesquels les entreprises européennes ne peuvent plus tourner. Mais ces exceptions devraient être débattues à l’échelon politique européen. Quel usage, surtout, faudra-t-il faire des recettes induites par ces nouveaux droits de douane? Elles pourraient abonder un fonds d’aide au développement des pays du Sud (destiné à les aider à améliorer les conditions de travail de leurs salariés et à diminuer, chez eux, la facture écologique) ou encore un fonds souverain européen pour accélérer la transition vers une industrie verte.

Loin de constituer un renoncement à toute forme de concurrence sur le territoire européen, un cordon sanitaire permettrait, au contraire, l’organisation d’une concurrence loyale, les entreprises qui s’installeraient en Europe ayant à travailler dans les mêmes conditions que les nôtres. Bien sûr, nous devrions nous appliquer les critères imposés au reste du monde : en particulier une harmonisation fiscale européenne (l’UE compte de nombreux paradis fiscaux, à commencer par le Royaume-Uni, le Luxembourg, l’Autriche, l’Irlande ou Malte)[11].

À qui ce protectionnisme ferait-il mal?

Ce protectionnisme provoquerait-il une hausse du coût de la vie (en renchérissant les produits importés) ? Rien n’est moins sûr. Il rendrait enfin possible le rattrapage salarial qui nous fait cruellement défaut, en Allemagne comme dans le reste de l’Europe – condition nécessaire pour rendre une transition verte économiquement rentable. Car aujourd’hui, ce que nous gagnons comme consommateurs en achetant des biens bon marché produits hors d’Europe, nous le perdons, comme salariés, du fait de la compression des salaires[12].

Bien sûr, des mesures de protection commerciale n’inciteront pas seulement certains de nos partenaires à produire davantage pour leurs marchés internes (à l’instar de la Chine) : elles induiront aussi des rétorsions de leur part. Les PME françaises qui exportent à l’étranger en souffriraient-elles? Avec raison, les médias relayent volontiers la réussite de certaines d’entre elles. Ainsi, les 600 producteurs de la coopérative d’Isigny-Sainte-Mère, dans le Calvados, exportent leur lait depuis trente ans. Mais c’est une exception[13]. En 2008, environ 100 000 entreprises françaises exportaient des biens, d’après les Douanes, soit une entreprise sur 20. L’essentiel des exportations est assuré par un très petit nombre d’entreprises : mille assurent 70 % du chiffre d’affaires à l’export. Ce sont les grands groupes français et les entreprises de groupes étrangers implantés en France. La part des PME indépendantes reste limitée. Les années 2000, très « libre-échangistes » dans le discours, ont connu une baisse du nombre d’entreprises exportatrices françaises. Et la moitié des PME qui exportent ont pour débouché un pays d’Europe de l’Ouest et ne seraient pas concernées par un cordon commercial européen. Un quart seulement exportent vers un pays émergent. On peut imaginer que les recettes des droits de douane servent aussi à soutenir le petit nombre de PME qui auraient à souffrir d’une telle politique. Enfin, la baisse de productivité qu’exigera notre transition verte, tout comme le transfert de nombreuses activités à la campagne, le réaménagement du territoire[14], etc., pourront être source de créations d’emplois[15] et compenser le manque à gagner des PME concernées par d’éventuelles pertes de marchés extérieurs.

Qui, en Europe, serait donc pénalisé? Le secteur financier. La déflation salariale et le maintien d’un chômage de masse en Europe (qui ne sont pas étrangers aux politiques de libre-échange[16]) exigent, pour être socialement supportables, une inflation faible. Celle-ci favorise l’explosion du rendement des placements financiers malgré une croissance molle depuis vingt ans. Mais l’insuffisance du pouvoir d’achat des ménages occidentaux a conduit à un recours massif au crédit à la consommation, à l’origine de la crise initiée en 2007. Le relâchement de la contrainte salariale des pays du Sud lèverait un obstacle majeur à une revalorisation des salaires et des prestations sociales au Nord pour répondre à l’inflation (due au pic du pétrole). Les revenus financiers s’en trouveraient mécaniquement rognés. Est-ce un mal?

Si l’Europe voulait…

Lorsqu’en février 2009, la commissaire européenne en charge de la concurrence, Neelie Kroes, fait des remontrances à la France parce qu’elle conditionne son aide publique au secteur automobile à des engagements de non-délocalisation et de protection des emplois nationaux, deux remarques s’imposent. Tout d’abord, la conditionnalité d’une telle aide devrait porter en priorité sur l’accélération de la transition vers la production d’automobiles électriques. Subventionner l’automobile à essence, compte-tenu de la contrainte environnementale et énergétique, est un non-sens. Bruxelles a eu raison de tancer Paris… mais pour de mauvais motifs! C’est au niveau européen qu’une aide publique à l’industrie européenne (verte), conditionnée à des clauses de non-délocalisation, devrait être organisée. Car la délocalisation (celle des usines que l’on ferme, mais aussi celle, invisible, de toutes les décisions d’investissement qui ne sont pas prises sur le sol européen[17]) n’est rendue intéressante que grâce au dumping salarial des pays émergents et au coût relatif très faible jusque-là, du pétrole.

La seconde étape de cette politique commerciale, destinée à contrebalancer le dumping salarial des pays émergents (mais aussi du Japon et de l’Allemagne), ferait-elle tort aux pays exportateurs? Elle contrarierait une dynamique au terme de laquelle les pays émergents, la Russie et l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) réalisent à eux seuls 50 % de la valeur des exportations mondiales en 2010 (contre 27 % en 1998). Mais elle les inviterait à revaloriser leur demande interne[18]. La consommation des ménages représente moins de 35 % du volume du Pib chinois en 2010, contre 50 % en 1998. Et la part de la masse salariale, 48 % du Pib chinois en 2010, contre 52 % en 2001. Les bénéfices que la Chine retire de la mondialisation ne sont donc pas distribués au profit des salariés. C’est cette logique qu’un protectionnisme européen viendrait entraver. La Chine centralisée d’avant « l’ouverture » connaissait une assurance maladie, supprimée depuis lors pour augmenter son avantage compétitif.

L’UE, avec ses 495 millions d’habitants, reste à ce jour le plus vaste et le plus riche marché du monde. Face à la menace de rétorsions commerciales, elle a des arguments à faire valoir pour négocier les conditions auxquelles elle consent à acheter les produits et services du monde. D’ailleurs, les représailles existent déjà : les contrats chinois passés avec Airbus ou Boeing prévoient que les futurs avions soient sous-traités en Chine, dans le cadre de co-investissements avec des entreprises chinoises. Pékin a choisi, au début des années 2000, d’instituer une taxe de 23 % sur les importations d’avions régionaux, en vue de protéger sa production. Et nous devrions nous refuser à adopter ce type de politique commerciale bien comprise par crainte de rétorsions que nous subissons déjà?

Des mesures protectionnistes vont-elles à contre-sens de ce que préconisent Bruxelles et l’OMC? Les articles du Traité de Lisbonne ont été allègrement bafoués lors des grandes opérations de consolidation du secteur bancaire menées à la faveur de la crise[19]. Serait-ce que l’extraordinaire concentration du secteur, qui accroît le risque systémique lié aux banques « too big to fail », ne contrevient pas aux règles de la saine concurrence? La Commission sait faire des exceptions à ses principes. C’est donc qu’ils ne sont pas inviolables et doivent pouvoir faire l’objet d’un véritable débat démocratique. Sans cela, les deux revirements stratégiques évoqués supra auxquels nous serons sans doute contraints à plus ou moins brève échéance – le renoncement, pour cause de « dé-globalisation », au pari allemand des exportations extra-européennes comme principal moteur de la croissance; la fermeture du capital des entreprises européennes aux investisseurs orientaux – seront pratiqués dans une forme de déni schizophrène.

À l’aube d’une âpre négociation?

Pour mettre des barrières douanières, il faut l’accord unanime des Vingt-Sept. La Pologne, l’Espagne, l’Estonie ont des secteurs industriels très différents de ceux de la France et de l’Allemagne. Les négociations promettent d’être complexes! L’Angleterre y sera hostile par tradition et par souci de conserver ses relations transatlantiques. L’Allemagne, grisée par le succès de ses exportations de biens d’équipement, se pense comme une grande bénéficiaire du libre-échange (alors que le pouvoir d’achat de ses classes moyennes a diminué depuis quinze ans). Elle ne consentira à une déchirante révision que lorsqu’il deviendra clair que sa stratégie d’exportation sur les marchés émergents est vouée à l’échec par le pétrole très cher et la réorientation de l’industrie chinoise vers son propre marché domestique. La percée que le Parti vert allemand est en train de réaliser outre-Rhin, aux dépens de la très libérale FDP (Parti libéral-démocrate) et de la CDU (Union chrétienne démocrate), pourrait augurer un changement d’attitude à l’égard d’un possible protectionnisme écologique. En France, une telle volonté politique emporterait l’assentiment de 55 % des Français[20]. Mais c’est à l’échelle européenne qu’une telle politique devrait être menée.


1 / . Nous entendons par protectionnisme commercial les barrières douanières destinées à la fois aux transactions de biens et services et aux mouvements de capitaux.
2 / . Cf. Gaël Giraud, « L’épouvantail du protectionnisme » , Projet, n° 320, pp. 80-89.
3 / . Ceci n’a donc rien à voir avec la taille des réserves disponibles (connues ou non).
4 / . En particulier pour le commerce international, dont même les 80 % qui s’effectuent par fret maritime nécessitent, sur les côtes, l’usage de camions gourmands en essence.
5 / . Patrick Artus, « La ‘déglobalisation’ est-elle une hypothèse sérieuse? », Flash Natixis, n° 502, 2009.
6 / . À mesure que le caractère contre-productif des plans de rigueur devient patent comme en Grèce, en Grande-Bretagne et au Portugal. Cf. Gaël Giraud, « Les Piigs, la dette et l’anorexie budgétaire » Projet, n° 319, déc. 2010, pp. 23-31.
7 / . Activités d’achat et de vente d’entreprises par endettement avec un fort effet de levier qui contribuent, elles aussi, à la déflation salariale.
8 / . Cf.http://www.argentsale.org/indice-dopacite-financiere.php .
9 / . Cf. Jean-Luc Gréau, La trahison des économistes, Gallimard, 2008, p. 181 sq.
10 / . Pour un exemple de plan de transition écologique, cf.http://www.fondation-nicolas-hulot.org/medias/financer-lavenir-sans-creuser-la-dette .
11 / . Gaël Giraud et Cécile Renouard, « La France, paradis fiscal? », La Croix, 12 nov. 2008, p. 26.
12 / . Au sein de la zone euro, la croissance des salaires réels depuis 1998 est inférieure de moitié à celle de la productivité du travail.
13 / . Cf. Lionel Fontagné et Guillaume Gaulier, Performances à l’exportation de la France et de l’Allemagne, rapport du Conseil d’analyse économique, 2008.
14 / . Cf. Alain Grandjean et Jean-Marc Jancovici, C’est maintenant! 3 ans pour sauver le monde, Seuil, 2009.
15 / . Cf. Jean Gadrey, « La crise écologique exige une révolution de l’économie des services », Développement durable et territoires, 2008 : http://developpementdurable.revues.org/6423.
16 / . Cf.« L’épouvantail du protectionnisme » , loc. cit.
17 / . Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne, estime que les délocalisations invisibles représentent six fois le montant des délocalisations visibles, cf. rapport du 29 nov. 2006, Assemblée nationale.
18 / . De même, augmenter dès aujourd’hui la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) serait une manière d’inciter à hâter le pas vers une société décarbonée, à condition que les recettes dégagées soient affectées au soutien des ménages et des PME piégées par l’essence chère.
19 / . Rachat de Fortis par BNP-Paribas, de HBOS par Lloyds TSB, de LBBW par la Banque régionale de Bavière, de Dresdner par Commerzbank, Bradford & Bingley par Abbey et Santander.
20 / . « Perspectives on Trade and Poverty », Rapport du German Marshall Fund of the United States, oct. 2006. Aux États-Unis, 40 % de la population se dit hostile à la libéralisation des échanges.


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