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Comment aider les entreprises à valoriser de façon efficace et durable leurs déchets ? Comment les inciter à sortir de la seule logique économique et court-termiste sur cette question ? Témoignage.

Dans les usines de production de nos clients, la gestion des déchets est souvent sous-traitée. Face à une réglementation qui change rapidement, les industriels préfèrent déléguer cette question à un expert.

Dans la gestion des déchets, les impacts sur le climat se situent à deux niveaux. D’un côté, le plus de tri possible à la source est nécessaire pour recycler un maximum de tonnages de déchets, en produisant des matières premières secondaires et en évitant d’en produire des nouvelles (via des procédés polluants). De l’autre, l’optimisation du transport des déchets suppose de diminuer le nombre de camions sur les routes. Pour cela, on peut compacter les déchets sur site avant de les envoyer et développer des exutoires, les plus proches possible du lieu de production.

Dans mon entreprise, je me suis toujours sentie libre d’exposer mes idées, dans la mesure où elles étaient réalisables avec les moyens techniques et matériels disponibles. Mon rôle est d’accompagner mes clients, tous industriels, dans cette gestion des déchets. D’abord en suivant la réglementation en vigueur et en leur proposant des solutions d’optimisation – économique ou écologique – de recyclage.

En tant que prestataires, nous sommes désignés à la suite d’appels d’offres, pilotés par les acheteurs de nos clients. Ces fonctions achats ont intérêt à mettre en concurrence les prestataires possibles et à signer des contrats courts (moins de trois ans) pour bénéficier d’un service de gestion des déchets au prix le plus bas. Mais il est important de distinguer aussi deux autres entités impliquées dans cet appel, leurs intérêts divergeant sensiblement. D’une part, les fonctions opérationnelles doivent produire un maximum de produit fini pour un minimum de coût : le tri des déchets représente un travail supplémentaire, donc un coût supplémentaire. De l’autre, les responsables environnement – très sensibles, évidemment, à ces problématiques– cherchent à maîtriser les indicateurs de consommation d’énergie, d’eau et de valorisation des déchets mais n’ont pas de rapport hiérarchique avec les équipes de production.

Quel prestataire se risquerait à proposer une solution plus écologique mais plus coûteuse ?


Avant de pouvoir accompagner un client vers plus de recyclage et moins de transports, il faut s’assurer de gagner le contrat ! Je suis donc en contact quotidien avec les responsables environnement des usines de production. Ils sont, souvent, très demandeurs de solutions d’optimisation du recyclage. Pour autant, le prix reste le premier argument dans la gestion de l’appel d’offres et la négociation du contrat. Quel prestataire se risquerait à proposer une solution plus écologique mais plus coûteuse ? Un appel d’offres est rendu sous la forme d’un tableau Excel, chargé de formules qui calculent des montants totaux. Malheureusement, il est rare que chaque ligne soit analysée avec un souci de l’impact environnemental. Et je constate un vrai décalage entre la volonté affichée de gestion durable des déchets et la pression subie, en tant que fournisseur, pour des contrats courts. Comment amortir une machine de compactage des déchets à 100 000€ sur trois ans ?

L’appel d’offre n’est pas mauvais en soi, mais il est, pour l’instant, dirigé quasi-exclusivement par les services achat de nos clients. Même si les changements de prestataires et de prix impactent ceux qui se trouvent en usine. Selon moi, les contrats longs sont la solution la plus simple aujourd’hui pour améliorer la gestion des déchets industriels. Rapides à mettre en place – tout le monde fonctionne, déjà, par appel d’offre – et plus économiques car le client n’a pas à mobiliser un acheteur tous les 3 ans pour s’en occuper. Enfin, ils renforcent la confiance entre le prestataire et le client. Le client pourrait aussi proposer un contrat long en échange d’un pourcentage d’optimisation annuel, via des baisses de coûts ou via la mise en place de nouvelles solutions techniques, côté prestataire.

Une fois le contrat remporté, c’est à l’intérieur de l’usine qu’il faut réussir à convaincre les salariés de changer leurs habitudes de tri et, ainsi, optimiser le recyclage. Parler déchet à une usine de production n’est guère évident car il n’est pas – à tort – considéré comme un produit à part entière. Un changement des mentalités est donc encore à opérer car, au vu des règlementations de plus en plus exigeantes, l’ouvrier devrait être payé pour fabriquer un produit fini, mais aussi pour produire un déchet trié. La difficulté est de trouver le juste équilibre entre des solutions d’optimisation du recyclage impactant au minimum les ouvriers de l’usine, une baisse de coûts (ou un coût neutre) et une mise en place rapide, tout en évitant le conflit social. Et une négociation avec l’acheteur.

Autre difficulté : la contrainte de place. Dans les usines construites il y a cinquante ans, il n’y a guère d’espace pour le stockage des déchets car la problématique n’était pas du tout présente à cette époque. Or, plus le tri est fin, plus les besoins de stockage sont grands pour évacuer les matières par camions complets vers un centre de traitement adapté. Mais, là encore, le déchet n’est jamais prioritaire face au produit fini : seule la valeur monétaire est prise en considération. J’ai été étonnée, en discutant à la machine à café, de voir que certains ouvriers ne connaissaient même pas l’existence d’une déchetterie sur l’usine…

Comme il n’y a pas toujours un intérêt économique au tri, le recyclage n’existe en grande partie, chez les industriels, qu’en raison des exigences de la règlementation… ou du marketing


Comme il n’y a pas toujours un intérêt économique au tri et à la valorisation des déchets, le recyclage n’existe en grande partie, chez les industriels, qu’en raison des exigences de la règlementation… ou du marketing : les grandes marques, en particulier, mettent en avant un taux de recyclage élevé ou des initiatives de boucles d’économie circulaire sur des matières premières secondaires.

Une véritable gestion des déchets suppose une collaboration durable entre l’industriel et le prestataire. Ce n’est qu’en travaillant sur des contrats longs, au minimum de cinq ans, que la confiance s’installera et que des solutions techniques performantes pourront être proposées. C’est là un point essentiel qui permettrait de réconcilier les fonctions achats et les acteurs de terrain et, finalement, d’optimiser concrètement les taux de recyclage des usines.

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