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Chaque année, des centaines de volontaires partent vivre un ou deux ans à l’étranger, au nom de la solidarité internationale. Une démarche non sans incidence au retour, sur la façon de se concevoir citoyen.

Vouloir partir : un premier acte de citoyenneté

Nombre de candidats au départ pour une expérience de volontariat de solidarité internationale viennent avec des idéaux et des rêves plein la tête. Ils portent aussi la volonté de devenir « un peu plus citoyens ». Expérience singulière qui propose d’exercer une forme de citoyenneté à l’étranger, en acceptant soi-même de devenir étranger durant un à deux ans de mission. Il y a, chez les candidats au départ, une forte intuition : « Le riche et le pauvre ont une égale dignité "parce que le Seigneur les a faits tous les deux (Pr 22,2)" [1] ». Ce souci profond d’égalité ne demande qu’à être vécu dans l’expérience de volontariat.

Un tel déplacement n’est pas anodin ; il se prépare durant plusieurs mois, signe que la démarche est exigeante. Le volontaire doit construire son projet et réfléchir à la place qu’il prendra dans le monde de l’autre. Chaque candidat arrive avec ses compétences, mais il sera peut-être appelé à en développer de nouvelles, pour mieux répondre aux besoins sur place. Cette forme de citoyenneté ne s’improvise pas et relève d’un engagement personnel profond.

Découvrir ce à quoi on tient

Une fois arrivé dans le pays, le volontaire s’insère et s’attache à respecter une autre culture. En se confrontant à la réalité de l’autre, il découvre que sa façon d’être citoyen n’est pas forcément universelle. Paradoxalement, loin de chez lui, il réalise quelles sont ses valeurs profondes, ancrées malgré lui. C’est une occasion inédite de se rendre compte de l’espace de citoyenneté qui s’offre à lui dans son pays d’origine : les droits de l’homme, le vote, le droit de manifester… sont autant de repères parfois mis à mal durant l’expérience à l’étranger.

Certains volontaires peuvent ressentir un choc en découvrant un pays dont le système judiciaire est différent, où la condition des femmes n’est pas la même, où le rapport à l’éducation des enfants va à l’encontre des pratiques occidentales… Mais ce choc, s’il est anticipé par une préparation au départ sérieuse, peut « éduquer » sa propre citoyenneté. Il révèle, par exemple, l’importance à nos yeux d’un cadre étatique pour protéger les populations les plus fragiles, la valeur d’un fonctionnement démocratique… un environnement dans lequel le volontaire a baigné toute sa vie, sans s’en rendre compte.

Confronté à d’autres formes de citoyenneté, le volontaire mesure aussi que la sienne n’est pas toute puissante, que l’autre est aussi citoyen, autrement, avec des codes différents. Cette expérience d’humilité est renforcée par l’expérience qui impose souvent d’observer et de comprendre la culture avant d’agir… mieux vaut s’asseoir avant de bâtir une tour[2] ! Jean-Marie, parti au Cameroun en 1971, raconte : « J’ignore ce que j’ai pu apporter à l’Afrique et aux Africains. Mais je sais ce je dois à l’Afrique. C’est notamment pour cette raison que je me suis mis au service d’associations humanistes et humanitaires. »

Une citoyenneté renouvelée

Reconnaître l’impact du volontariat au retour fait pleinement partie de la démarche. Il porte ses fruits au « Sud » pendant la mission, puis au « Nord » au retour. Agir là-bas permet de faire bouger le regard et les idées ici. Le bénéfice premier est alors de revenir différent, de voir les choses, de décrypter l’actualité et la société autrement. Ce nouveau regard sur son propre pays est un moteur d’engagement. Le témoignage en est une des premières formes. Les volontaires apportent une vision de l’étranger différente de celle, souvent réductrice, véhiculée par les médias. Ils deviennent « ponts » entre les cultures, des cultures qui cohabitent aussi en France. Julien, parti en Colombie en 2011, puis aux Philippines déclarait au retour : « Après plus de 4 ans, j’ai décidé de rentrer en France pour passer du temps avec mes proches, mais aussi pour défendre, dans mon pays, des valeurs d’humanité, de solidarité, de partage, de simplicité et de joie de vivre que j’ai pu aiguiser pendant mon volontariat. (…) Cette expérience m’a donné encore plus envie de faire bouger les choses, à mon échelle, et c’est ce que je fais tous les jours en travaillant dans le milieu associatif. »

Ayant été étrangers eux-mêmes, au moins un temps, les volontaires portent une autre conception de l’accueil de l’étranger.


La mission a profondément changé la vision du pays d’accueil, mais aussi la perception de la situation des étrangers vivant en France. Ainsi, revenir de mission de volontariat peut susciter le désir de s’engager auprès des migrants ou de populations étrangères en situation vulnérable. Ayant été étrangers eux-mêmes, au moins un temps, les volontaires portent une autre conception de l’accueil de l’étranger.

Surtout, le retour pourra être l’occasion de vivre autrement la solidarité au quotidien. Chaque volontaire aura expérimenté qu’à défaut d’aider le monde entier, il a su reconnaître en quelques personnes son prochain, et les aider simplement. Au retour en France, le « prochain » sera peut-être son voisin de palier, qui était un étranger avant le départ en mission.

En 2017, la DCC fait un pas de plus vers une citoyenneté renouvelée, en expérimentant la réciprocité : elle invite, en France, des personnes issues des pays dans lesquels elle envoie des volontaires. L'objectif ? Se laisser bousculer par une autre vision du monde, une autre façon d’agir et d’être ensemble.


[1] Lettre encyclique du pape François, Laudato si’, §94.

[2]« Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer ? » (Lc, 14).

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