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Xénophobie business. À quoi servent les contrôles migratoires ?

Claire Rodier La Découverte, 2012, 194 p., 16 €

La gestion de l’immigration est devenue un véritable « business », source de profits. Voilà ce que démontre de manière convaincante Claire Rodier, juriste au Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) et cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop. Sans aller jusqu’à soutenir que les contrôles aux frontières auraient pour objectif de fournir un marché lucratif aux entreprises de sécurité, son ouvrage met en évidence la forte composante économique de politiques alimentées par « l’exploitation de la peur ». Il décrit, chiffres à l’appui, la considérable croissance, depuis une quinzaine d’années, de l’économie sécuritaire, « qui tire profit des dispositifs de plus en plus sophistiqués servant à verrouiller les frontières ». Sont ainsi examinés les cas de l’entreprise G4S (elle détenait au Royaume-Uni le monopole du marché du rapatriement des expulsés, jusqu’à ce que ses agents provoquent, en 2010, la mort par asphyxie dans un avion d’un Angolais expulsé), de Boeing (qui gère le système électronique contrôlant toutes les frontières des États-Unis), de plusieurs sociétés européennes (Indra, Sagem, EADS Defence, Thales, Eriksson ...) qui ont de larges parts de marché dans les divers programmes de contrôle des frontières de l’UE : Frontex, Sive, Eurosur, Amass, Oparus, etc. Autre source de profits croissants : l’enfermement des étrangers expulsables, notamment aux États-Unis : « l’industrie carcérale » y gère les centres de rétention. Moins originale mais aussi éclairante, la suite de l’ouvrage traite de l’exploitation de la peur avec la construction de murs – frontières Grèce/Turquie, Mexique/États-Unis, Botswana/Zimbabwe, Inde/Bangladesh, murs autour d’Israël, ou des enclaves de Ceuta et Melilla, etc. – et l’externalisation par les pays européens du contrôle des migrations vers le Sénégal, la Mauritanie, le Maghreb, l’Ukraine, la Biélorussie, les Balkans, la Turquie. L’enjeu économique n’y est pas absent, ainsi Kadhafi, qui en 2006, demandait à l’Europe 10 milliards de dollars pour rémunérer le service rendu en retenant chez lui les migrants africains. Des informations sur le fonctionnement et les missions de l’agence Frontex (son budget est passé de 6 à 86 millions d’euros entre 2005 et 2011) et l’évocation des enjeux économiques liés au fonctionnement de 300 à 400 lieux d’internement sur le territoire de l’UE concluent cette enquête. Elle laisse le lecteur face à cette troublante question : si l’efficacité de ces politiques de contrôle semble faible (en termes de rapport coûts/résultats), quels sont leurs réels objectifs ?

Christian Mellon
29 mai 2013
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