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Tolérance zéro? Incivilités et insécurité

Sébastien Roché Odile Jacob, 2002, 304 p., 25 €

Comment faire reculer la délinquance et l’insécurité ? Sébastian Roché commence par se livrer à une analyse rigoureuse de phénomènes d’autant plus inquiétants qu’ils sont souvent aujourd’hui mal appréhendés. Il montre d’abord le rôle important que joue le désordre dans les lieux publics, aussi appelé incivilité, dans la dynamique de l’insécurité, c’est-à-dire à la fois de la délinquance et de l’inquiétude. Les incivilités peuvent n’être pas encore des délits qualifiés, mais des manquements aux règles d’usage de lieux collectifs, par exemple, l’occupation d’une entrée d’immeuble, des comportements menaçants, des bruits ou autres désordres, des souillures ou de petites dégradations. Elles sont graves, car elles portent atteinte au vivre ensemble, au respect de l’autre, et favorisent la délinquance. Face à ces désordres, comment l’autorité publique peut-elle réagir ? Deux principes d’action nous viennent des Etats-Unis : la théorie de la vitre brisée – toute déprédation doit être réparée ; la tolérance zéro – tout manquement à la règle doit être pénalement sanctionné. Autant l’auteur approuve l’application du premier principe – il est contre le laxisme –, autant il émet des réserves à l’égard du second. Une judiciarisation de la vie sociale n’est pas la solution. Le but n’est pas de multiplier les condamnations, mais de faire baisser les désordres et la délinquance. Pour cela, il ne suffit pas d’améliorer les conditions sociales et économiques des plus défavorisés ni de se livrer à un travail éducatif, ce qui est évidemment nécessaire ; il faut aussi remédier au vide d’équipement et de personnel dans les lieux collectifs, instituer des garants des lieux, fixer et afficher clairement les règles du vivre ensemble définies en association avec les intéressés, instaurer des seuils d’accès aux lieux publics, non pour en rendre l’entrée plus difficile, mais pour organiser l’accueil. Le maître mot doit être celui d’hospitalité collective. L’auteur concrétise cette approche nouvelle des problèmes d’insécurité en donnant des indications pratiques concernant l’action des pouvoirs publics, de la police et des citoyens.

Jean Weydert
18 juin 2002
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