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Gouverner par le bien commun. Un précis d’incorrection politique à l’usage des jeunes générations

Claude Rochet

C’est un livre ambitieux, « où le juriste se conjugue avec le diplomate et l’économiste » dit très justement la préface. Ce courage de prendre les problèmes dans leurs multiples dimensions permet à l’auteur de dépasser l’animisme qui préside toujours aux analyses rationnelles unilatérales. Sont ainsi épinglés ceux qui attendent la baisse des taux, ou la croissance, comme on attend le messie. Parfois, le coup de patte frise la méchanceté. Ainsi, Alain Minc est égratigné en des termes peu élégants : « Ce major de l’Ena […] faute de parvenir à diriger une entreprise, décida de devenir gourou » (page 23). Sur le fond on saura gré à l’auteur de distinguer, malheureusement sans le thématiser, le bien commun et le bien du prince. L’analyse aurait pu être menée plus loin en effet si, au-delà des références attendues à saint Thomas d’Aquin, à Rousseau et à Durkheim, l’auteur avait marqué le lien entre le bien commun et le développement des institutions (langage, famille, morale, monnaie, marché), où l’engagement de chacun est nécessaire dans l’obéissance aux règles du jeu social. Il aurait alors fait saillir ce qui distingue le bien commun de l’intérêt général qui, lui, est de la responsabilité du prince – monarchique ou républicain –, et qui vise les biens publics et, d’une façon générale, les conditions organiques de la vie sociale. Les multiples illustrations du propos, par allusion à l’aménagement de la montagne, au conflit rail-route, aux fonds de pensions, à la Babel européenne, aux rapports entre la culture religieuse et le développement socio-économique… allègent la lecture de ce livre foisonnant d’idées et de références. Du coup, le lecteur regrettera d’autant plus une confiance parfois aveugle dans des analyses d’autorités qui, pour être reconnues, mériteraient néanmoins d’être discutées.

Étienne Perrot
5 juillet 2001
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