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@ la recherche du temps Individus hyperconnectés, société accélérée : tensions et transformations

Nicole Aubert (dir.) Érès, 2018, 456 p., 29,50 €

Hasard de calendrier ? Cet ouvrage collectif est publié la même année que la traduction française de Résonance d’Hartmut Rosa, auteur le plus cité dans celui-ci, aux côtés de Paul Virilio et de Nicole Aubert. Cette dernière, directrice de l’ouvrage, pense depuis la France l’accélération dans la société contemporaine, qu’elle qualifie d’ « hypermoderne » pour en souligner les aspects excessifs depuis une vingtaine d’années. Son essai Culte de l’urgence, la société malade du temps (2003, Flammarion) a fait date. Il s’agit ici de saisir les mutations induites par la logique du marché, la mondialisation de l’économie et les technologies de l’information et de la communication, tout en rappelant que l’accélération n’est pas la même pour tous, selon les pays (81 % de la population des pays développés utilise Internet contre 15 % dans les pays les moins développés), les classes sociales et les classes d’âge (98 % des 18-39 ans ont un smartphone en France contre 58 % pour la population totale). Il est aussi rappelé que « parler d’accélération, c’est aussi dire comment nous comprenons le temps » (Bernard Guy). Sont réunis les points de vue variés – scientifiques, épistémologiques et méthodologiques, c’est le charme de l’interdisciplinaire – de 26 spécialistes, comme Francis Jauréguiberry sur la déconnexion. L’ouvrage permet d’envisager des thèmes aussi cruciaux que les liens entre accélération, performance et apprentissage ou encore les transformations de la vie politique et démocratique (au sens large). Si le risque de normer, voire de moraliser ou de pathologiser les nouveaux rapports au temps affleure par endroits, c’est surtout la profonde ambivalence (voire les paradoxes) du rapport au temps qui est soulignée. Ambivalence qui traverse le corps des individus (Quentin Froment, « Le rôle du corps dans la société accélérée : s’adapter ou s’échapper ? ») comme le corps social (Baptiste Dethier, « De la prise en compte de l’articulation des temps sociaux dans l’action publique en Belgique francophone »). Paradoxes qui ne datent peut-être pas d’hier ; en exergue d’une contribution, un passage d’Un conte de deux villes de Charles Dickens (1859) : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps ; […] c’était le printemps de l’espoir, c’était l’heure du désespoir ; nous avions tout devant nous, nous n’avions rien devant nous »…

Émilie Reclus
9 avril 2019
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