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Économie de l’après-croissance. Politiques de l’Anthropocène II

Agnès Sinaï (dir.) Presses de Sciences Po, 2015, 262 p., 14 €

Journaliste environnementale et fondatrice de l’Institut Momentum (un think tank qui s’intéresse aux modalités de l’après-pétrole et à ses implications sociales), Agnès Sinaï coordonne cet ouvrage collectif. Mais, loin d’un simple recueil de contributions, le livre développe sa thèse à partir du paradoxe suivant : comment les sociétés peuvent-elles continuer à fonder leurs modèles de développement sur la croissance et ses impératifs économiques de (sur)production alors que nous sommes à l’époque de l’Anthropocène (où les activités humaines ont un impact direct sur le fonctionnement des cycles naturels globaux) ? L’accent est porté tout d’abord sur les « mirages » dressés par le culte de la croissance : nouveaux indicateurs de bien-être (Dominique Méda), confusion austérité/décroissance (Alice Canabate), financiarisation de l’environnement (Christophe Bonneuil), découplage entre énergie et croissance (Thierry Caminel). Puis, partant de la nécessité d’imaginer un modèle de développement économique plus en adéquation avec le vivant (Agnès Sinaï), la seconde partie propose des pistes de « réorientations » pour l’après-croissance. Il est ainsi question d’une économie biophysique dont les lois seraient régies par des principes naturels (Yves Cochet). Exprimant les valeurs des écosystèmes autrement que par le truchement monétaire (Virginie Maris), cette économie, dont la monnaie ne serait plus le centre d’intérêt (Paul Jorion), s’établirait autour des low-tech comme modalité d’organisation d’un travail menant à des gains en termes de qualité utile et non plus de quantités superflues (Philippe Bihouix), laissant par là le temps nécessaire à la société de penser son avenir (François Roddier). À l’heure où le bien-être est évalué par le niveau de consommation et où la croissance reste un objectif de société, quel que soit son prix, ce livre offre une critique stimulante et des pistes de réflexion enthousiasmantes pour l’après-croissance. Certains trouveront que le propos est un peu utopique. La qualité des développements montrera qu’il est plutôt salutaire.

Rémy Petitimbert
1er décembre 2015
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