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Tiers lieux. Et plus si affinités

Antoine Burret Éditions Fyp, 2015, 192 p., 16 €

Né lors d’une rencontre à Autrans en 2012, le concept de « tiers lieux » regroupe un ensemble d’espaces réels ou virtuels de travail collaboratif, la plupart du temps centrés sur la création de nouveaux services et l’usage d’internet. L’ouvrage d’Antoine Burret constitue sans doute l’une des premières tentatives d’analyse du phénomène. Le lecteur, cependant, en apprendra plus sur la vie des microcosmes sociaux qui s’épanouissent dans les tiers lieux que sur ce qu’ils produisent réellement. Les exemples cités vont des ateliers coopératifs (les fab labs) aux jardins partagés, en passant par divers types de services innovants, plus ou moins liés aux nouvelles technologies. Mais on ne trouvera pas de typologie ni de données chiffrées qui permettraient de se faire une idée plus précise de l’ampleur du phénomène (quelques dizaines de tiers lieux en France). À travers une série d’instantanés et de portraits, A. Burret offre cependant un aperçu suggestif des dynamiques sociales à l’œuvre, des motivations des acteurs et des références idéologiques qu’ils mobilisent. L’une des hypothèses intéressantes est que l’économie de partage se nourrit à la fois d’aspirations libertariennes et d’une volonté de recréer des espaces et des biens communs. C’est la logique de l’économie de la connaissance qui impose cette convergence : une synergie se crée spontanément entre, d’une part, l’aspiration à l’autonomie individuelle et, d’autre part, la nécessité pour devenir soi-même un créateur de participer à la mise en commun de ressources informationnelles. Mais, comme le montre l’auteur, les tiers lieux évoluent sous le signe de la fragilité, de réajustements permanents, de la dépendance au charisme des animateurs, dans un manque de règles stables et de principes que ne suffisent pas toujours à combler les codes de bonne conduite et les valeurs partagées. Sur quelques points importants, l’ouvrage laisse toutefois insatisfait. Car les tiers lieux ne sont qu’une entrée dans le vaste monde émergent de l’économie collaborative. Mais de celle-ci, il n’est guère question. L’auteur ne dit pratiquement rien des nouveaux services et des modèles d’affaires qui émergent dans les tiers lieux, des besoins sociaux auxquels ils répondent, etc. On pressent que de nouveaux ressorts d’efficacité sont à l’œuvre. Reste à savoir s’ils sont susceptibles de transformer en profondeur la logique du système économique.

Bernard Perret
25 mai 2015
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