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Gouverner le climat ? 20 ans de négociations climatiques

Stefan Aykut et Amy Dahan Presses de Sciences Po, 2015, 752 p., 23 €

Le 5e rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) révèle la trajectoire alarmante de nos émissions de CO2, toujours en hausse. Le climat fait pourtant l’objet, depuis les années 1980, de grandes négociations internationales, de plans, de programmes de recherches et d’une bureaucratie toujours plus impressionnante. Comment expliquer cet investissement massif pour un résultat si maigre ? L’ouvrage d’Amy Dahan, historienne, et Stefan Aykut, sociologue des sciences, apporte un certain nombre de réponses éclairantes. Son fil rouge est celui d’un « schisme du réel » : un hiatus entre la réalité du monde, marquée par la lutte pour l’accès aux ressources, la financiarisation de l’économie, l’accélération, des modes de vie insoutenables, et une vision du problème climatique comme circonscrit et gouvernable. Il s’exprime à travers plusieurs « illusions » : celle d’une gestion apolitique et « isolée » de la question – notamment sans liens avec les questions énergétiques et les arènes de négociations économiques – et celle d’une transformation possible sans bouleversements fondamentaux et clivants. Ce constat est établi à partir d’une analyse sur la construction du problème climatique comme problème public global. Tout au long de l’ouvrage, les auteurs en déclinent la genèse, les jeux d’acteurs, les processus d’institutionnalisation, le rôle de la médiatisation, qui aboutissent à la circonscription de cet objet et à la mise en place de son cadre légitime d’action. Ce « schisme du réel » serait lié, notamment, à une lecture environnementale de la question climatique, au détriment d’une lecture plus géopolitique et économique. Le « réductionnisme physico-chimique du climat » et l’utilisation de modélisations globales auraient contribué à diffuser l’image selon laquelle « nous serions tous dans le même bateau » et à faire de l’arène mondiale l’échelle unique d’intervention. Les auteurs appellent donc à une repolitisation de la question, à son désenclavement, à une gouvernance polycentrique et à une reterritorialisation et une re-matérialisation des enjeux pour les rendre davantage concrets. Alors que la « Cop 21 » envahit peu à peu les médias, cet ouvrage est bienvenu pour comprendre le fonctionnement du processus et ce que l’on peut en attendre. Il offre également une contribution intéressante aux débats de l’écologie politique en discutant la portée politique des récits de l’anthropocène. On pourra néanmoins regretter de ne pas lire quelques explications sur la notion d’environnement elle-même et sur l’évolution de sa conception influencée par la science moderne occidentale. N’est-ce pas aussi un défi épistémologique qu’il nous faudra relever ?

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Marie Drique
26 mars 2015
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