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Critique de la gouvernance. Une nouvelle morale politique ?

Jean-Pierre Gaudin Éd. de l’Aube, 2014, 192 p., 17 €

Quel point commun entre les mouvements urbains de protestation chinois et la loi organique relative aux lois de finances française ? Qu’est-ce qui peut réunir la figure de l’Indigné espagnol et le technocrate adepte du « new public management » ? La gouvernance ! Ce « mot valise », qui « adoucit et euphémise » celui de gouvernement, « mélange hétéroclite et instable », est aussi une « boîte de pandore »… L’essai du politiste Jean-Pierre Gaudin en propose une excellente introduction, qu’on lit avec un vrai plaisir tant la forme et le style en sont soignés. Sur le fond, la genèse de la gouvernance dans les années 1990 et son succès singulier – qui a largement dépassé les frontières du monde occidental, comme le souligne le premier chapitre sur son usage en Chine –, tout comme ses enjeux contemporains sont clairement exposés. On comprend comment et pourquoi ce terme s’est imposé dans le « vocabulaire de l’action » et ce qu’il modifie dans les modes de gouvernement et d’action publique. Jean-Paul Gaudin souligne bien l’ambivalence de la gouvernance, entre obsession de l’efficience (« un Mr Hyde concurrentiel ») et ouverture démocratique (« un Dr Jekyll participatif »), liée notamment à l’essor de la société civile. En même temps qu’il creuse cette contradiction, l’auteur soutient une thèse forte : la gouvernance, née de la ruine des grands récits politiques des XIXe et XXe siècles, serait « devenue l’utopie politique de la démocratie de marché », déclinée en processus de consensus et de négociation constant, pour autant qu’il cadre avec une gestion comptable resserrée. Elle participerait au final à un émiettement et un désenchantement de la politique.

Jean Vettraino
5 août 2014
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