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La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde

Jeremy Rifkin Babel, 2013 [2012, trad. de l’anglais par Françoise et Paul Chemla], 412 p., 9.70 €

La parution en livre de poche donne accès à des livres qu’on regrette de ne pas avoir lus plus tôt. Jeremy Rifkin, économiste et conférencier américain, propose un grand récit d’un changement de paradigme industriel beaucoup plus avancé qu’on imagine. Pour lui, un système industriel repose sur trois piliers : l’énergie, un mode de transport et un système de communication. Si la première révolution industrielle reposait sur le charbon, le chemin de fer et les journaux, la deuxième révolution industrielle a dépendu du pétrole, de l’automobile, et de la télévision. Alors que, d’après l’Agence internationale de l’énergie, le pic du pétrole a été dépassé en 2006, les objectifs de l’Union européenne (- 20 % d’émissions de carbone, + 20 % d’économies énergie, +20 % d’énergie renouvelable) seront atteints par l’Allemagne en 2020. Les voitures électriques commencent à prendre leur part de marché et le pouvoir latéral d’un capitalisme distribué montre sa force dans la manière dont les jeunes générations échangent des biens culturels sur les réseaux sociaux. Jeremy Rifkin décrit cette bagarre mondiale entre l’ancien et le nouveau système. Il reconnaît l’importance d’un réchauffement climatique qui risque de déplacer un milliard de personnes. Pourtant, son équation socio-technique n’est pas toujours convaincante. L’hydrogène permettra-t-il de stocker l’énergie électrique à grande échelle ? L’internet de l’énergie sera-t-il capable de connecter 190 millions de petites centrales électriques via un réseau déjà obsolète ? Rifkin se vante pourtant d’avoir convaincu la ville de San Antonio de renoncer à la construction de deux centrales nucléaires pour construire des fermes éoliennes et des dirigeants européens (dont Angela Merkel et David Cameron !) d’être les champions de l’énergie verte distribuée ! Ce livre éclaire ainsi les débats d’aujourd’hui sur la transition énergétique.

Bertrand Hériard Dubreuil


Rifkin présente dans ce livre une vision globale d’une transition énergétique articulant les énergies renouvelables (EnR) et internet, fondée sur cinq piliers, dont le déploiement simultané permet au système de se développer : énergies renouvelables, production répartie d’énergie par l’habitat, stockage par des piles à hydrogène et dans les batteries des voitures électriques, réseau de distribution intelligent. Or si les EnR sont fortement soutenues par les pouvoirs publics, les quatre autres piliers en sont encore aux balbutiements. On en voit les conséquences actuellement avec la remise en question du développement des EnR. Rifkin insiste longuement sur l’intérêt de l’option d’un consensus sur la transition, mais il met en évidence l’abandon à son sort d’au moins la moitié de la population mondiale (qui n’aurait pas les moyens de la transition énergétique). Il souligne des incertitudes fortes sur l’évolution des technologies (hydrogène en particulier), comme celles sur  la disponibilité des matériaux (terres rares), qu’il balaye en faisant le pari d’innovations futures. Il fait l’impasse, surtout, sur le financement des projets, jamais précisé. Le dernier projet piloté par J. Rifkin est celui de la Région Nord-Pas-de-Calais. Cette région annonce aujourd’hui son intention d’étudier l’exploitation du gaz de houille. L’Allemagne construit des centrales à charbon pour la production d’électricité. Ces exemples illustrent bien que, malgré les intentions généreuses de son livre, les collectivités qu’il conseille recherchent surtout des stratégies de développement industriel des sources d’énergie, une transition énergétique, bien loin d’une conversion écologique de l’économie. Rifkin est un bon vendeur, un homme capable de mobiliser les énergies d’un territoire, mais ne risque-t-il pas parfois de ne vendre que du vent ?

Arnaud du Crest

Arnaud du Crest et Bertrand Hériard Dubreuil
13 février 2014
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