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L’invention des droits de l’homme. Histoire, psychologie et politique

Lynn Hunt Markus Haller, 2013 [traduit de l’anglais par Sylvie Kleiman-Lafon], 310 p., 24 €

Proclamés de nouveau en 1948, les droits de l’homme sont considérés aujourd’hui comme naturels (inhérents à l’être humain), égaux (les mêmes droits pour chacun) et universels (applicables partout). Ils sont les droits de l’homme en société et doivent acquérir un contenu politique. Sont-ils pour autant une « évidence » ? Pas si sûr. Leur existence n’a été reconnue qu’avec la Déclaration américaine d’indépendance de 1776 et la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. La thèse de Lynn Hunt, professeure d’histoire à l’université de Californie, est que « pour que les droits de l’homme deviennent une évidence, les gens ordinaires ont dû adopter une nouvelle vision du monde sous l’effet de sentiments nouveaux ». Les conditions, selon elle, en ont été l’autonomie de l’individu et l’empathie. Ces deux critères ont certes des racines profondes, mais une certaine accélération s’est faite au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la définition et l’expérience du « moi » changeant radicalement à cette époque. La lecture de récits de torture (affaire Calas) ou de romans épistolaires (comme ceux de Richardson et Rousseau) auraient eu des « conséquences physiques qui ont modifié le fonctionnement du cerveau et ont abouti à l’apparition d’idées nouvelles concernant l’organisation de la vie politique et sociale ». L’approche proposée ici est fondée non plus seulement sur l’histoire des idées, mais surtout sur les sentiments et le fonctionnement de la conscience individuelle, sur l’intériorité. Un livre original et de grande culture.

Camille Renouard
3 décembre 2013
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