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Film - Made in Bolivia

Pierre Boisson et Alexandre Pierrin 2013, France, 46 min

À contre-courant des clichés sur l’Amérique latine et les Andes, le documentaire Made in Bolivia explore une facette peu médiatisée de la Bolivie, à travers le hip-hop : celle d’une culture en tension, qui se cherche et se crée. Deux groupes y symbolisent des courants distincts : Wayna Rap représente le hip-hop folklorique, qui puise dans la culture traditionnelle ancestrale et la langue aymara sa légitimité et son succès, tandis que FM Once, groupe composé de deux frères et de leur sœur, rappe en espagnol, se tourne résolument vers l’avenir, cherchant à tracer sa propre voie, sans renier l’apport de son héritage culturel et linguistique. Tous deux incarnent les mutations qui, entre tâtonnements et tiraillements, bouleversent la Bolivie depuis la « guerre du gaz » d’octobre 2003 et l’élection d’Evo Morales en 2005. Les mouvements de la caméra, à l’épaule et mouvante, évoquent eux aussi cette recherche, entre volonté d’être au plus près des chanteurs et juste distance permettant de saisir leur environnement. Au fur et à mesure du film, une partie de l’imaginaire commun est esquissé : on assiste à un défilé de carnaval, à des combats de catch féminin sur l’Altiplano... Des montagnes majestueuses se dessinent en arrière-plan. Le contexte social et politique reste présent, dans les paroles des rappeurs, à travers les images d’une manifestation, ou dans les lieux mêmes du tournage. La majeure partie des séquences sont réalisées entre La Paz, les bidonvilles d’El Alto, la ville de Cochabamba, emblématique de la résistance indigène, mais aussi au Chili, où le groupe FM Once participe à un festival de hip-hop. D’où une mise en perspective d’un rap bolivien souvent inconnu en dehors des frontières nationales. Pour le groupe FM Once, c’est l’occasion de se régénérer au contact des groupes qui lui servent de modèles et un encouragement à se professionnaliser. Loin des couleurs exubérantes des polleras, les jupes traditionnelles des Boliviennes, le noir domine dans tout le film : la majorité des scènes sont filmées la nuit ou en sous-sols. Le parti pris des réalisateurs est de se placer au cœur des groupes (l’on voit très rarement le public). La bande sonore, d’une grande qualité, est presqu’uniquement composée de chansons des groupes filmés, à l’exception de quelques courtes interviews. Le spectateur est ainsi porté par la musique. Le propos n’est pas de présenter l’ampleur du phénomène hip-hop, ni de lui rendre hommage, mais plutôt de découvrir cette culture qui se crée elle-même, avec ses contradictions et ses errements. Le « Made in Bolivia » n’est pas uniquement ce que les guides de voyages et chaînes télévisées en montrent, c’est aussi ce que des jeunes du pays font, ce pour quoi ils vibrent, au jour le jour.

Prochaines projections de « Made in Bolivia » :
- Samedi 12 octobre 2013 à 17h, à Brest, au Festival intergalactique de l'image alternative
- Les 19 et 20 novembre 2013, à Aix-en-Provence, au Festival de la première fois


Aurore Chaillou
12 juillet 2013
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