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Pour une économie relationnelle

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

« On peut en savoir beaucoup sur quelqu’un à ses chaussures ; où il va, où il est allé ; qui il est ; qui il cherche à donner l’impression qu’il est ». À cette observation de Forrest Gump dans le film éponyme[1], on pourrait ajouter : « Quel monde il invente ». Car l’analyse du secteur de la chaussure, objet du quotidien ...

Sous la chaussure, l’empreinte

Louise Roblin
L'équipe de rédaction

Objet utilitaire devenu article de mode, la chaussure de sport fait aujourd’hui partie des biens de grande consommation. Pour en diminuer l’impact carbone, il importe de bien le comprendre… Chaussures de running, de jogging, de trail, de fast hiking ou de cross, chaussures de randonnée, de zumba ou de golf, sans compter les tennis « qui vo...

Vivarte, le savetier et le financier…

Isabelle Chambost
Chercheur

Depuis 2012, le groupe du textile et de la chaussure Vivarte enchaîne plans sociaux et restructurations. Comment ne pas voir, derrière ce gâchis industriel et social, le rôle de l’industrie financière, avec ses « LBO » et ses fonds de « private equity » ? Un article pour comprendre comment l’économie se financiarise et en mesurer l’...

Nike et Adidas : les secrets du succès

Christophe Alliot et Sylvain Ly
Chercheur

Confortables, pratiques, moins chères, les chaussures de sport remportent un succès planétaire en ce début de XXIe siècle. Nike et Adidas, qui font partie des leaders du marché, en tirent d’importants profits. Surtout les actionnaires, moins les ouvrières… Grâce à quelles stratégies ? En 2016, plus de 23 milliards de paires de chaussu...

Dans les chaussures d’Aldo

Aurore Chaillou
L'équipe de rédaction

Joseph Paradis, que tout le monde ici appelle « Aldo », se demande comment ses successeurs vont faire pour s’en sortir. Au printemps 2016, à 70 ans, il a cédé son petit atelier de chaussures, à Pontacq, dans le Béarn. C’est sa carrure qui lui avait valu son surnom dès l’enfance, en référence à un célèbre rugbyman. Aldo a comme...

Chaussures « Made in Béarn » : pourvu que ça dure

Aurore Chaillou
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Nu-pieds, déchaussés ou bien dans ses pompes ?

Marcel Rémon
L'équipe de rédaction

Une « sacrée » chaussure « Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Exode 3,5). L’injonction de Yahvé à Moïse montre combien la chaussure est liée au sacré. En négatif ou en creux. Être nu-pieds est un signe de respect et d’humilité dans la plupart des religions. Les musulmans...

Question en débat : Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure
Joseph Paradis, dit Aldo, en compagnie d'Hélène Arnault, qui travaille dans la chaussure à Pontacq (Pyrénées-Atlantiques), juillet 2018 (c) Aurore Chaillou/Revue Projet
Joseph Paradis, dit Aldo, en compagnie d'Hélène Arnault, qui travaille dans la chaussure à Pontacq (Pyrénées-Atlantiques), juillet 2018 (c) Aurore Chaillou/Revue Projet

Dans les chaussures d’Aldo


Joseph Paradis, que tout le monde ici appelle « Aldo », se demande comment ses successeurs vont faire pour s’en sortir. Au printemps 2016, à 70 ans, il a cédé son petit atelier de chaussures, à Pontacq, dans le Béarn. C’est sa carrure qui lui avait valu son surnom dès l’enfance, en référence à un célèbre rugbyman. Aldo a commencé à travailler dans l’atelier « Paradis-Pomiès », fondé en 1925 par son arrière-grand-père, au milieu des années 1960. Il se forme à une trentaine de kilomètres de là, à l’école de la chaussure de Jurançon, aujourd’hui disparue. La spécificité de leurs chaussures ? « La qualité, la solidité, et bien moins chère qu’ailleurs. »

« Ici, après la Deuxième Guerre mondiale, on dépassait les mille salariés dans la tannerie et la chaussure. Les gens travaillaient chez eux, pour des patrons. » Le carnet de commandes de l’atelier Paradis-Pomiès, où travaillait une dizaine de personnes, était alors bien rempli. « On faisait de la chaussure de cyclisme, de rugby, de ski, de marche, des nu-pieds. Mon père se déplaçait à Paris, au Bon marché, à la Samaritaine… On faisait des grandes tailles, du 45 au 49 et aussi des chaussures pour les pieds forts, pour des ouvriers qui, à force de porter des colis, avaient les pieds larges et écrasés… » Dans les années 1970-1980, « on faisait de la chaussure de sécurité. On était fournisseur de la SNEAP [Société nationale Elf-Aquitaine production] à Pau. Après, on a travaillé pour l’Arsenal de Tarbes. »

« On a chaussé la garde de Monaco, avec des Rangers. Et puis on a perdu des marchés et, par la suite, on a été bouffé par les gros. »

« On a chaussé des internationaux de rugby », poursuit fièrement Aldo.  « On a même chaussé la garde de Monaco, avec des Rangers. Et puis on a perdu des marchés et, par la suite, on a été bouffé par les gros. » Dans les années 1970, une célèbre marque de sport se met à produire les chaussures de rugby à bouts carrés, inventées à Pontacq. Le petit atelier familial ne peut pas lutter. La pression des grandes marques ? « Je l’ai sentie avec les chaussures à bouts carrés puis avec les chaussures de sécurité. » Le directeur d’une marque française concurrente, aux processus plus industrialisés, est venu ici un jour et a dit à son père : « ‘Quand je voudrais, je vous tuerai’. C’était une grosse boîte, ils sortaient mille paires de chaussures par jour. Du ‘Made in France’ eux aussi ». « Moi, j’ai toujours vendu en direct, je n’avais pas de magasin de revente. Ma publicité s’est faite par le bouche à oreille. L’usine était ouverte du lundi 8 heures au samedi 19 heures. » L’usine ? « C’est comme ça que j’appelais l’atelier. Pas de congé, il fallait surtout ne pas fermer en août. » Car à la période estivale, les touristes de passage achètent volontiers une paire de chaussures de marche, emblème de l’atelier.

« À Pontacq, les entreprises sont parties les unes après les autres », regrette Aldo. Nombre d’ateliers ne trouvent pas de repreneur dans la descendance. D’autres implosent à la suite de désaccords intra-familiaux. Chez les Paradis-Pomiès, on s’obstine, par amour du métier.

« J’achetais tout en France : les œillets, les lacets… Je payais les fournisseurs comptant. Et pour mon salaire, je jonglais avec la caisse quand je pouvais sortir quelque chose. Si j’avais eu 1300 euros par mois, ça aurait été bien ! A côté de ça, j’avais la maladie d’acheter pour l’usine. Pour avoir toujours de quoi travailler du jour au lendemain. » L’artisan n’a jamais compté ses heures. « Aldo, confie avec affection l’un de ses anciens collaborateurs, il acceptait toutes les demandes de réparation. » Chaussures, bien sûr, même celles qui ne venaient pas de son atelier, mais aussi ceintures, sacs à main… « Pour un travail de trois heures, il faisait payer 15 € ».

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