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Question en débat : Je travaille, donc j’existe ?

S’émanciper par le revenu universel

Philippe Frémeaux
Question de sens

Un revenu universel peut être source d’émancipation pour l’ensemble de la société, et notamment pour les personnes exclues de l’emploi. Mais à quelles conditions ? Un revenu universel peut être source d'émancipation pour l'ensemble de la société et notamment pour les personnes exclues de l'emploi Mais à quelles conditions Premier av...

Pour une politique publique de l’estime de soi

Julien Dourgnon
Chercheur

Le salariat s’impose aujourd’hui comme l’archétype à travers lequel l’individu est censé se rendre utile et s’épanouir. Dans une société où le chômage de masse perdure, comment permettre à chaque personne de cultiver l’estime de soi ? J. Dourgnon propose de remettre en cause le monopole de la norme salariale, en versant à tous...

Compter les nuages, est-ce travailler ?

Thomas Le Bon
Chercheur

Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui le « travail » du loisir ? Le philosophe T. Le Bon invite à repenser le travail en dépassant la vision selon laquelle il serait d’abord contrainte et souffrance. Est travail ce qui nous permet de nous insérer dans le monde, économiquement, mais aussi intellectuellement et socialement. Qu'est ce qui d...

Reconnaître le travail domestique

Marie-Andrée Blanc
Acteur de terrain

Une grande part du travail domestique n’est aujourd’hui pas valorisée par nos indicateurs économiques. Reconnaître ce « travail » est un enjeu économique, politique et social. Une grande part du travail domestique n'est aujourd'hui pas valorisée par nos indicateurs économiques Reconnaître ce travail est un enjeu économique politique e...

Le crédit, dopé par les inégalités

Jézabel Couppey-Soubeyran
Chercheur

Le CDI garantit aux débiteurs un revenu récurrent. De quoi en faire des banques les meilleurs avocats ? Pas si simple... Le CDI garantit aux débiteurs un revenu récurrent De quoi en faire des banques les meilleurs avocats Pas si simple On ne prête qu'aux riches dit le proverbe Ce que l'on observe depuis quelques décennies sur le marché du cr...

Repenser le travail et l’emploi par l’écologie

Dominique Méda
Chercheur

La crise de l’emploi est telle qu’il semble devenu tabou d’évoquer celle du travail : la dureté de ses conditions, le sens que l’on peine à y trouver. Alors les uns parlent révolution technologique, les autres, flexibilisation du marché du travail. Il est pourtant un scénario à même de faire face aux deux crises : la reconversion é...

Le travail, c’est « que du bonheur » ?

Louise Roblin
L'équipe de rédaction

Les résultats de l'enquête Que du bonheur menée par l'association Générations cobayes en 20161 révèlent que les jeunes actifs sont en majorité satisfaits de leur activité professionnelle 62 affirment s'y sentir plutôt bien ou complètement bien Un résultat étonnant au vu des conditions difficiles de la précarité grandissante et d'une...

Avec le chômage, la confiance en soi s’érode

Paul Israël
Acteur de terrain

Entretien – Paul Israël accompagne bénévolement des chômeurs pour les aider à retrouver un emploi. Pour certains, cela signifie d’abord se reconstruire, retrouver confiance en ses capacités. Entretien Paul Israël accompagne bénévolement des chômeurs pour les aider à retrouver un emploi Pour certains cela signifie d'abord se reconstru...

Emploi : on lui en demande trop

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

D'un lien social ce fil qui relie les individus on attend protection et reconnaissance pouvoir compter sur quelqu'un mais aussi pour quelqu'un Le travail en est un indéniable Par lui on noue des liens directs une sociabilité et indirects une protection sociale Mais du travail on attend plus encore et notamment en France une fierté une utilité ...

« Le travail reste central dans la vie des gens »

Hervé Garnier
Acteur de terrain

Pourquoi la CFDT a t elle lancé l'enquête Parlons travail Et quels en sont les résultats principaux Hervé Garnier L'enquête est née d'une volonté remettre les questions du travail sur le dessus de la pile Beaucoup de nos actions tournent autour de l'emploi du chômage de masse etc mais nous avons parfois délaissé les questions du travail ...

Penser ensemble contribution sociale et protection

Guillaume Almeras, Jean-Baptiste de Foucauld et Anousheh Karvar
Acteur de terrain

Si le travail est à ce point central dans nos vies, c’est notamment parce qu’il conditionne notre droit à la protection sociale et parce que c’est lui qui nous attribue une place dans la société. Dès lors, comment repenser notre système pour que chacun y ait sa place, tout au long de la vie, quand le plein-emploi n’est plus assuré ? ...

Travail commun, statuts multiples

Jacques Le Goff
Chercheur

L’on peut aujourd’hui travailler pour une même entreprise avec des statuts bien différents : en intérim, CDD, CDI, en tant qu’auto-entrepreneur ou « porté », comme sous-traitant ou indépendant… Cela signifie-t-il pour autant la fin de la collectivité de travail ? L'on peut aujourd'hui travailler pour une même entreprise avec des st...

Le sens du travail à l’ère numérique

Pierre-Yves Gomez
Chercheur

Hors de l’emploi, le travail est largement invisible. Il est pourtant vecteur de sens, un sens fixé par l’employeur dans le salariat. Mais dans un monde numérisé, qui maîtrisera la finalité du travail ? Hors de l'emploi le travail est largement invisible Il est pourtant vecteur de sens un sens fixé par l'employeur dans le salariat Mais da...

Jeunes au travail : à la recherche du sens perdu

Cécile Van de Velde
Chercheur

Entretien – En France, plus qu’ailleurs, on cherche à s’accomplir par le travail. Or tout semble joué dès 20 ans : il faut avoir réussi, mais aussi avoir choisi sa voie. D’où un stress record à l’école et la grande frustration de bien des salariés, qui se sentent « déviés » de leur vocation… et cherchent un sens à leur vie ...

Précarité des jeunes : le grand bizutage

Antoine Dulin et Célia Vérot
Acteur de terrain

« Tu vas en baver ! » Voilà en substance le message envoyé aux nouveaux venus sur le marché du travail. Et la précarité exacerbe les inégalités liées aux milieux sociaux, à la mobilité géographique… Dès lors, pourquoi ne pas faire de la jeunesse un nouveau pilier de notre système de protection sociale ? Revenu minimum, capital form...

Moi, jeune et privé d’emploi

Gaël Gaultier
Droit de cité

Fainéants, les jeunes au chômage ? Non : privés d’emploi, rectifie la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc). Quatre jeunes témoignent ici de leur expérience. Plus encore qu’un moyen de subsistance, le travail est pour eux un lieu de quête de sens, de dignité, un lieu qui met en relation avec d’autres et permet de se sentir utile. Fainé...

Question en débat : Je travaille, donc j’existe ?
© caio triana/Pixabay/CC
© caio triana/Pixabay/CC

Emploi : on lui en demande trop


D’un lien social, ce fil qui relie les individus, on attend protection et reconnaissance : pouvoir compter « sur » quelqu’un, mais aussi « pour » quelqu’un. Le travail en est un, indéniable. Par lui on noue des liens directs, une sociabilité, et indirects (une protection sociale). Mais du travail on attend plus encore et notamment en France : une fierté, une utilité, une place dans la société. N’est-on pas invité à décliner son identité par ce que l’on « fait » ? Et gare à celui (et surtout celle) dont le travail n’est pas rémunéré : dédier une période de sa vie à sa famille vaut d’être qualifié d’« inactif » par la statistique.

La privation durable d’emploi est un scandale, la non-reconnaissance de la contribution de chacun(e), une insulte. Des millions de personnes se voient mises au rebut de la société. Or l’âge moyen d’obtention d’un emploi stable – qui permet d’accéder au logement, de s’affranchir de la tutelle parentale, d’envisager l’avenir avec un brin de sérénité – a reculé de sept ans depuis les années 1970 (cf. A. Dulin et C. Vérot).

La perspective d’en être privé effraie tant que l’on devrait tout lui sacrifier. Et participer, sans broncher, à la course d’obstacles qui est le lot des entrants (ou des revenants) sur le marché, une compétition profondément inégale, où la hauteur des barrières est inversement proportionnelle au capital financier, social ou culturel dont sont dotés les concurrents. Enchaîner boulots précaires et périodes de doutes, jongler avec des horaires improbables, partir loin de chez soi pour prouver, quelques heures durant, son « employabilité ». Puis, une fois en poste, se surmener.

Le chômage force également bien des actifs à renoncer à ce qu’ils auraient voulu être. Plus que « déclassés », ils se sentent « déviés » de leur trajectoire (cf. C. Van de Velde), privés du sens qu’ils auraient voulu donner à leur activité. Or les dés de la réussite professionnelle sont jetés si tôt dans la vie d’un jeune Français que le système éducatif, mais aussi l’attention des parents pour leurs enfants, s’en trouvent contaminés, participant – souvent inconsciemment – au lent corsetage des désirs du jeune selon les besoins de la machine productive. Une fois sur les rails, difficile de bifurquer.

In fine, le chômage et la précarité conduisent notre société à l’aliénation, à laisser à d’autres le soin de définir sa finalité. À celui qui fournit de l’emploi, la patrie reconnaissante ! Peu importe qu’il fabrique des armes, des plateformes pétrolières, des montages pour éviter l’impôt…

Sortir de cette impasse suppose une réponse à double détente. Signifier à chacun que l’on a besoin d’elle, de lui : lui donner la possibilité de contribuer, par son travail, à la société. Et les propositions ne manquent pas, pour permettre de traverser les périodes transitoires sans déchoir (revenu minimum sans barrière d’âge, droit à l’accompagnement), comme pour rebondir ou changer de voie (capital formation). Mais il s’agit aussi de contester à l’emploi le monopole qu’il exerce sur nos existences. Lui dénier d’être la seule source de revenus, le seul mode valide de reconnaissance d’une utilité sociale. Lui refuser de prendre tant de temps dans nos vies.

Revenu universel ? Réduction du temps de travail ? N’évacuons pas trop vite les pistes envisagées. Car la sauvegarde de notre maison commune, la reconquête de notre finalité collective et de la dignité de chacun invitent à un grand chamboulement dans nos façons d’envisager l’organisation de l’activité humaine. Pourquoi ne pas cheminer, par exemple, vers une forme de pluriactivité institutionnalisée – avec un système universel de protection et des rémunérations distinctes selon les types d’activités ? Elle permettrait aux individus d’exprimer différentes facettes de leur personnalité, de leurs talents, d’atténuer la pression sur la sélection scolaire, de sortir des oppositions délétères entre activités manuelles et intellectuelles, de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Et de vaincre le poison qui tétanise nos sociétés et les empêche d’opérer l’indispensable reconversion écologique : la peur de tout perdre, l’angoisse de ne plus exister.

À lire dans la question en débat
« Je travaille, donc j’existe ? »

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1 réactions pour « Emploi : on lui en demande trop »

beatrice laffort
16 January 2018

Merci pour votre article. Il rejoint celui que j'ai écrit en décembre " Remettre le travail à sa juste place" (http://www.challengeinnovation.com/2017/11/remettre-le-travail-a-sa-juste-place.html, dans lequel je constate et regrette, entre autres, une forte tendance à s'identifier au travail (je travaille donc je suis...) et l'oubli que le travail est au service de l'Homme et non l'Homme au service du travail.

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