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À la poursuite des ressources ou l’épopée humaine

Michel Griffon
Chercheur

Pourquoi la planète est-elle peuplée de façon si hétérogène ? Au fil de leur histoire, les humains se sont principalement déplacés en fonction de la disponibilité des ressources. La révolution industrielle et la mondialisation ont changé la donne, sans freiner la mobilité humaine. Pourquoi la Chine et l’Inde sont-elles si peuplées ?...

Sahel : coincé par le poids de la tradition

Hafizou Boncana
Vu d'ailleurs

Au Sahel, on compte entre 6 à 7 enfants par femme. Soit le taux le plus élevé de fécondité au monde. Et les traditions tant culturelles, économiques que religieuses empêchent toute discussion. Face aux pressions de certains religieux et à l'absence de volonté politique, seule l'éducation semble apporter une solution. À condition qu'elle ...

Populations : ce que peuvent les politiques

Maryse Gaimard
Chercheur

Que ce soit pour limiter la fécondité ou pour l’encourager, la plupart des pays du monde ont mis en place des politiques de régulation des naissances, depuis les années 1950. Avec le soutien, voire à l’initiative, des organismes internationaux. Pour quel bilan ? Les résultats mitigés, très variables selon les pays, en montrent toutes le...

Fécondité & Église catholique : prendre position

La commission française Justice et paix
Question de sens

La commission française Justice et Paix, un service de la Conférence des évêques de France, publiait, en 1994, un texte d'une grande liberté. Vingt-trois ans plus tard, ces réflexions sont toujours autant d'actualité et posent, comme horizon d'une politique démographique consciente, la parentalité responsable et la dignité des enfants. Le...

Iran : une transition démographique express

Marie Ladier-Fouladi
Vu d'ailleurs

L’Iran a connu l’une des baisses de fécondité les plus rapides de l’histoire ( moins 70 % entre 1986 et 2000). Tout l’inverse de ce que prônait le régime théocratique… Comment l’expliquer ? Dans les années 1960 et 1970, en raison du développement tardif du pays et des traditions patriarcales prédominantes, la fécondité des Ira...

Vietnam : le delta du fleuve rouge de plus en plus peuplé

Sylvie Fanchette
Vu d'ailleurs

Au nord du Vietnam, le delta du fleuve rouge concentre plus de 20% de la population totale du pays. Un territoire encore très rural et qui fait moins de 10% de la superficie totale du pays. Malgré la transition démographique des années 1990, pourquoi cette population n'est pas plus urbanisée ? Pour Sylvie Fanchette, ce serait, avant tout, lié...

Chine : la fin de l'enfant unique ?

Laura De Giorgi
Vu d'ailleurs

Octobre 2015 : la Chine annonce officiellement la fin de la politique de l’enfant unique. Quelle incidence sur une société habituée à un seul enfant depuis presque 40 ans ? Un choix politique dont l’analyse historique met en évidence toutes les attentes, mais aussi toutes les limites. En octobre 2015, le gouvernement de la République popu...

L'introuvable gouvernance mondiale des populations

Jacques Véron
Chercheur

En 1994, au Caire, les Nations unies ambitionnaient de stabiliser la population mondiale... Vœu pieu ? Hormis en faveur du développement et de l'amélioration du statut de la femme, difficile de trouver un consensus ! Face à l’ampleur de la croissance démographique mondiale et à son accélération au milieu du XXe siècle, les appels à une ...

Démographie : l'Onu joue les prophètes

Hervé Le Bras
Question de sens

À en croire l’Onu, la Terre comptera entre 7 et près de 17 milliards d’humains. Large fourchette ! Mais ces projections n’ont aucune valeur scientifique, explique Hervé Le Bras. Alors pourquoi les établir ? L’exercice est, en réalité, très politique… et révèle l’inscription de la démographie dans la vieille prétention religie...

Fécondité : un tabou chez les catholiques africains

Paul Samangassou
Vu d'ailleurs

L'Église africaine semble encore peu encline à se saisir des questions contraceptives, s'appuyant sur un statu quo et sur l'encyclique Humanae Vitae. Pour Paul Samangassou, il serait temps qu'elle ose aussi s'emparer des derniers textes du pape François, quitte à remettre en cause l'ordre établi. Toutes les méthodes contraceptives, à l’exc...

La danse macabre du néo-malthusianisme

Mohan Rao
Chercheur

Pauvreté, cohésion sociale, environnement… Sur chaque enjeu, on voit poindre l’argument démographique. Il serait si commode de tout expliquer par une variable ! Pour l’Indien Mohan Rao, le néo-malthusianisme sert avant tout à dépolitiser le débat public. La politique démographique est un domaine où l’examen rationnel et historique ...

Quand l'écologie touche à l'intime

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

Laudato si’, l’encyclique écologique et sociale du pape François, a été encensée bien au-delà du monde catholique. Mais les thuriféraires du texte papal ne sont pas unanimes. En cause, cette affirmation reprise à son compte par le pape argentin : « La croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégr...

Philippines : sortir du dogmatisme clérical

Bernard Holzer
Vu d'ailleurs

Courageux contre la corruption et les inégalités, les évêques des Philippines font barrage à toute évolution en matière de santé reproductive. Une position dogmatique, aveugle aux souffrances des femmes et des familles, loin d’être partagée par tous les catholiques philippins. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, les Phi...

L’autre bombe pakistanaise…

Jean-Luc Racine
Vu d'ailleurs

37 millions d’habitants en 1950, sans doute plus de 300 millions en 2050… Mais les pouvoirs publics tardent à prendre la mesure de l’enjeu, dans un environnement fragilisé par le dérèglement climatique. Derrière le choix stratégique qui a poussé Islamabad à conduire ses premiers essais nucléaires en 1998, afin de contrer le voisin in...

Bangladesh : de la résilience à l'adaptation

Alice Baillat
Vu d'ailleurs

Au Bangladesh, le gouvernement et la population subissent déjà, de plein fouet, le réchauffement de la planète. Mais l’inventivité et la résilience dont fait preuve ce pays pourraient servir d’exemples à de nombreux autres États pour les années à venir. Notre planète est menacée par des changements climatiques déjà observables dan...

La « capacité humaine » de la Terre

Joel E. Cohen
Chercheur

Combien d'humains la Terre peut-elle (sup)porter ? Les estimations varient de 1 à 1000... La question demeure, mais la réponse ne saurait être absolue. Elle soulève des enjeux de justice, interroge nos modes de vie et invite à des arbitrages. Il y a deux mille ans, la population de la Terre se chiffrait probablement entre 100 et 300 millions ...

Entre alliance et filiation : pourquoi donne-t-on naissance?

Jean-Hugues Déchaux
Question de sens

Avant d’être un enjeu démographique, la naissance s’inscrit d’abord dans des histoires familiales singulières. Mais la signification qui lui est donnée et la responsabilité qui l’entoure ne cessent d’évoluer à travers les âges. Faut-il engendrer l’enfant parfait pour être heureux ? Tout être humain vient au monde en naissant. ...

Fécondité : le discours officiel de l'Église évolue

Grégoire Catta et Bruno Saintôt
Question de sens

La position de l’Église sur la pilule et le préservatif lui a valu bien des critiques et bien des divisions en son sein. Mais progressivement, elle évolue. Surtout, ce contentieux ne saurait résumer le discours catholique, qui fait aussi de la démographie, indissociablement, un enjeu d’éthique sociale. L’Église catholique serait-elle t...

Population et environnement : Malthus est-il toujours d'actualité ?

Hugo Lassalle
Chercheur

Malthus avait-il raison ? Les chercheurs sont loin d’être d’accord : écototalitaires, néo, anti et même écolo-malthusianistes s’affrontent encore sur la question. Pour Hugo Lassalle, il serait surtout temps de dépasser les clivages pour faire face à un avenir angoissant, si tous les pays se mettent à consommer comme les Occidentaux…...

Anthropocène: la planète va-t-elle craquer?

Sandrine Paillard
Chercheur

Selon les géologues, l'Homme aurait fait entrer la Terre dans une nouvelle ère géologique. Est-ce parce qu'ils sont trop nombreux que les humains provoquent pareils déséquilibres biophysiques ? Pour Sandrine Paillard, il faut surtout agir sur les modes de vie des plus pollueurs d’entre nous... L’ampleur des impacts environnementaux des act...

Question en débat : Fécondité : un enjeu pour la planète ?
©A. Pagliaricci / Flickr
©A. Pagliaricci / Flickr

Quand l'écologie touche à l'intime


Laudato si’, l’encyclique écologique et sociale du pape François, a été encensée bien au-delà du monde catholique. Mais les thuriféraires du texte papal ne sont pas unanimes. En cause, cette affirmation reprise à son compte par le pape argentin : « La croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Or les 7,5 milliards d’humains consomment déjà bien plus que ce que la planète ne peut leur donner durablement (cf. S. Paillard). Et ils pourraient être près de 17 milliards en 2100, selon l’Onu. En balayant d’un revers de main la question de la natalité dans un monde fini, l’Église serait-elle irresponsable (cf. B. Holzer et Justice&Paix) ? La question est sensible (cf. P. Samangassou). Et pas que pour les chrétiens (cf. H. Boncana). Combien d’humains peuvent vivre dignement sur cette planète sans détruire les écosystèmes et compromettre les conditions de vie des générations à venir ?

En 2100, l’Afrique pourrait compter jusqu’à 6 milliards d’habitants (5 fois plus qu’aujourd’hui) ! Certes, à si long terme, les projections ont davantage une fonction politique, voire religieuse, qu’une valeur scientifique (cf. H. Le Bras). Elles n’en donnent pas moins le vertige : comment diminuer la compétition pour les ressources si la planète ne cesse de se densifier ? La confrontation à un environnement contraint peut, certes, stimuler l’inventivité sociale, la résilience, comme au Bangladesh (cf. A. Baillat), mais c’est elle aussi qui, en Chine ou au Vietnam (cf. S. Fanchette), a justifié une violence d’État pour juguler la fécondité (cf. M. Gaimard). Or notre folle course en avant, déjà à l’origine d’une extinction inédite des espèces, d’un épuisement des ressources rares et d’un périlleux dérèglement climatique, ne fera qu’exacerber les conflits fonciers, les déplacements de populations et les pénuries d’eau potable… Et d’abord dans les pays les plus pauvres (cf. J.-L. Racine).

La population est certes un paramètre pour aboutir au respect de notre biosphère, mais certainement pas le plus déterminant.

Trop nombreux, donc ? L’équation n’est pas de pure arithmétique (cf. M. Rao). Même si l’on s’accordait sur un volume de ressources disponibles pour l’humanité, quelle ponction sur ces ressources serait nécessaire à chacun pour vivre dignement ? La réponse n’est ni évidente, ni sans doute universelle. Surtout, l’empreinte écologique des Terriens est très inégalement répartie (cf. H. Lassalle). À tout prendre, à niveau et mode de vie constants, 10 millions d’Afghans supplémentaires endommageraient moins la planète qu’un million de Français en plus… La population est certes un paramètre pour aboutir au respect de notre biosphère, mais certainement pas le plus déterminant (cf. J.E. Cohen). Ici encore , la question écologique est d’abord une question de justice. De légitimité, aussi. Faute de remettre drastiquement en cause leur mode de vie, les Occidentaux sont-ils fondés à parler de maîtrise de la population mondiale ? Comment ne pas les suspecter de vouloir préserver leur petit confort ?

Encore faudrait-il aussi qu’on puisse stabiliser la population – un objectif sur lequel les Nations unies se sont accordées au Caire, en 1994 (cf. J. Véron). Or l’influence des pouvoirs publics en la matière est toute relative : en Iran, la fécondité a chuté alors même que le régime théocratique prônait l’inverse (cf. M. Ladier-Fouladi) ; même en Chine, l’enfant unique n’a eu qu’une incidence supplétive sur une transition déjà bien engagée (cf. L. De Giorgi). Rappelons aussi que « la fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la graine » (Gandhi) : si l’ambition des « politiques de population » est de permettre à chacun de mener une vie plus humaine, quelle place pour une politique coercitive ? Le recours à l’avortement ne saurait, non plus, participer d’une politique de limitation de la population. En revanche, une chose est établie : la plupart des femmes choisissent d’avoir moins d’enfants quand elles peuvent en décider librement. Ce qui suppose l’amélioration de leur statut, l’accès de toutes à l’éducation. Et la mise à disposition des moyens modernes de contraception. Or aux Philippines ou en Afrique, les évêques freinent toute évolution, campant sur des interdits… Est-ce bien là la bonne nouvelle que Jésus est venu apporter aux hommes (et aux femmes !) ? Heureusement, le discours du Vatican n’est pas complètement figé (cf. G. Catta et B. Saintôt). Sans doute faudrait-il le dire plus clairement.

D’une écologie qui priverait les hommes de ce qu’ils ont de plus cher, nous ne voulons pas.

On touche ici au cœur de la « conversion écologique ». Que la naissance soit perçue comme l’inscription dans une lignée (cf. J.-H. Déchaux), comme le fruit le plus fécond d’une alliance, comme l’expression ultime de sa liberté ou comme un don de Dieu, elle touche à l’intime, un espace qui s’accommode mal de la contrainte. D’une écologie qui priverait les hommes de ce qu’ils ont de plus cher, nous ne voulons pas. Il ne saurait s’agir de mettre l’amour sous contrainte. De l’empêcher d’être fécond. Mais au contraire, de l’élargir, lui qui ouvre un espace illimité, à l’humanité entière, de chérir d’autant plus ce qui nous lie à chaque personne, à la planète qui nous héberge. Elles sont toutes deux fragiles, limitées.


À lire dans la question en débat « Fécondité : un enjeu pour la planète »

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