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Dossier : Quels objectifs pour le développement ?

Tourner le secteur privé vers l’intérêt général

Manifestation à Durban, Afrique du Sud © Zahra Moloo/IRIN
Manifestation à Durban, Afrique du Sud © Zahra Moloo/IRIN
« Quels objectifs de développement fixeriez-vous après 2015 ? ». Et si vous aviez cinq minutes à la tribune des Nations unies pour y répondre… Nathalie Péré-Marzano s’est prêtée au jeu tandis qu'elle était encore déléguée générale du Crid et coordinatrice de l’Action mondiale contre la pauvreté-France.

Éradiquer la pauvreté, œuvrer pour un développement durable, préserver la planète, son climat, sa biodiversité, ses forêts, telles étaient les ambitions des différents accords signés, sous l’égide de l’Onu depuis le début des années 1990.

Et voici que l’année 2015 se profile, avec son agenda « post-2015 » pour le développement et sa conférence sur le climat qui devrait poser les bases du « post-Kyoto », et l’on aimerait entendre les chefs d’État du monde entier s’accorder sur un programme commun au moins aussi ambitieux. Car si l’on veut bien lire un recul de la pauvreté dans les chiffres bruts présentés officiellement, il est plus difficile de fermer les yeux sur l’augmentation historique du niveau des inégalités dans le monde, comme à l’intérieur des pays, y compris cette fois-ci les pays occidentaux, européens en particulier. Il est difficile également de ne pas voir l’accélération des changements climatiques ou l’accélération de la perte de notre biodiversité. Il est impossible enfin d’ignorer les voix de toutes ces populations qui partout dans le monde, du Maghreb au Canada, en passant par l’Espagne, le Chili, la Turquie ou le Brésil, réclament dignité, justice sociale, fin de la corruption et nouveaux modes de vie.

La bonne nouvelle, c’est que nous avons une idée claire des objectifs communs à nous donner, notamment : interdire les paradis fiscaux et judiciaires et sortir d’une économie financiarisée, en finir avec la marchandisation sans limite du vivant et la dérégulation des marchés, faciliter la circulation des femmes et des hommes partout sur la planète, supprimer tous ces murs de la honte, organiser la redistribution des richesses à toutes les échelles et lutter contre la corruption, redonner sens et moyens au rôle régulateur des États et d’abord dans leur capacité à mettre en place des services publics permettant l’accès de toutes et tous aux droits fondamentaux (santé, éducation, accès à l’eau potable, etc.).

L’inquiétude grandit pourtant au fur et à mesure qu’approche l’échéance de 2015, car la volonté politique pour décider ces nouveaux objectifs semble absente, muselée par celles et ceux qui n’ont aucun intérêt à un tel changement, en particulier les grands consortiums économico-financiers. Ils ont réussi un tel accaparement des richesses mondiales qu’ils peuvent dicter les déclarations des différents sommets internationaux (G20, sommets onusiens dont celui de Rio+20, Forum mondial de l’eau…), dans le sens de leurs seuls intérêts, en retardant de façon irresponsable les grands changements que nous devons opérer si nous ne voulons pas mettre encore plus en danger les générations futures, voire l’existence même de l’humanité.

Des combats plutôt techniques se mènent pour obliger ces consortiums économico-financiers à plus de transparence. Mais il faudra une lucidité et un courage politiques beaucoup plus forts pour que soit donnée comme objectif majeur post-2015 la vraie responsabilisation sociale et environnementale de ces acteurs, incluant leur possible traduction devant la justice pour répondre de leurs actes et de ceux de leurs filiales. De cette ambition nous avons un besoin urgent, pour avancer vers des objectifs crédibles pour un « développement durable au service de l’éradication de la pauvreté », selon les termes utilisés par l’Onu. Les chefs d’État renonceront-ils à mettre en avant le secteur privé comme celui par lequel le développement durable va advenir ? Comme s’il s’agissait d’un tout homogène, spontanément tourné vers la recherche de l’intérêt général partout dans le monde ! Et surtout, comme si le modèle actuel mondialisé, basé sur l’extractivisme, le productivisme, la surconsommation, la dérégulation des marchés était recommandable pour les trente prochaines années.

Plus de 140 organisations de tous pays ont entrepris une mobilisation sur cet enjeu majeur pour notre avenir, à l’occasion de la Conférence sur le climat de Varsovie (COP19). Poursuivons-la et amplifions-la pour conduire enfin les multinationales à se mettre au service des droits fondamentaux des populations !

Et vous, quels objectifs fixeriez-vous ?

Ils s’y sont essayés, et vous ? Nous vous encourageons à nous proposer vos propres objectifs pour le développement, en respectant les instructions aux auteurs.

« Financer l’après-2015 par une fiscalité juste », par Dereje Alemayehu (Éthiopie), Alliance globale pour la justice fiscale

« Un revenu minimum pour éradiquer la misère », par Judith Randel (Royaume-Uni), Development Initiatives

« Prendre les plus délaissés comme partenaires », par Isabelle Pypaert Perrin (Belgique),  Mouvement international ATD Quart Monde

« Dénucléariser Israël », par Michel Warschawski (Israel), Centre d’information alternative de Jérusalem

« Défendre les petits agriculteurs », par Ndiakhate Fall (Sénégal), Conseil national de concertation et de coopération des ruraux/Via Campesina

« (Re)donner à chacun une existence », par Pierre-Marie Espagnet (France), Délégation catholique pour la coopération, Centre d’accueil de migrants à Rabat (Maroc)

« L’éminente responsabilité des pays ‘développés’ », par Christian Comeliau (France), économiste du développement

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