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Question en débat : Quel travail sans croissance ?

[VIDÉO] Michel Sapin : « Il faut apprendre à créer des emplois sans croissance »

Aurore Chaillou et Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

L’inversion durable de la courbe du chômage n’a pas eu lieu. Les majorités de droite comme de gauche brandissent pour toute réponse un mot : « croissance ». La Revue Projet a posé la question autrement : Quel travail sans croissance ? Pour en débattre, Michel Sapin, ministre du Travail, François Soulage, président du Secours catholique...

Réinventons notre modèle social

Anousheh Karvar
Acteur de terrain

On ne travaille pas assez ? Les règles sont trop protectrices ? Les chômeurs coupables ? Les 35 heures un échec ? L’Europe doit se plier aux impératifs de l’austérité et se serrer la ceinture ? Anousheh Karvar bat en brèche ces idées reçues. Et appelle à tirer parti de la crise pour réinventer ensemble une économie de modération et...

Travail : la stratégie du temps retrouvé

Juliet Schor
Chercheur

Une majorité d’Américains a tout misé sur le travail et les revenus qui y sont associés. La vie sociale, le sommeil, la santé ? Sacrifiés. Quand l’emploi disparaît, que reste-t-il ? Travailler moins pour le marché et investir le temps retrouvé dans de nouvelles activités productives : telle est, pour Juliet Schor, la voie de la raison...

La planète contre l’emploi ?

Jean Merckaert
L'équipe de rédaction

En 2013 l'humanité aura consommé plus d'une fois et demie ce que lui autorisent les ressources limitées de la planète si toutefois nous tenons à la survie de l'espèce humaine Le constat même confusément est connu Mais de toute évidence il peine à s'imposer avec la force nécessaire Pourquoi notre monde poursuit il sa fuite en avant Il su...

Travailler plus pour produire moins

Bernard Perret
Chercheur

« Moins de biens, plus de liens » : avec le concept de démarchandisation, l’économiste Bernard Perret rejoint à bien des égards ce leitmotiv écologiste. Mais il refuse d’opposer un travail marchand qui serait nécessairement aliénant à des activités hors marché épanouissantes. Et invite à travailler plus… pour sauver la planète ...

Réduire le temps de travail reste la solution !

Dominique Méda
Chercheur

Face à la crise de l’emploi et aux mutations du travail, attendre un hypothétique retour de la croissance est un leurre, nous dit la sociologue Dominique Méda. Mieux vaut réaliser un partage contrôlé du travail, lui redonner du sens et se projeter au-delà de la croissance. Face à la crise de l'emploi et aux mutations du travail attendre u...

L’économie sociale et solidaire, une réponse à la crise ?

Philippe Frémeaux
Chercheur

L’économie sociale et solidaire est parée de mille vertus en raison de la promesse qu’elle porte : celle d’une économie gouvernée démocratiquement, dont l’objectif n’est pas de faire du profit mais de satisfaire les besoins. En pratique, cette promesse n’est pas toujours tenue. Tour d’horizon des défis auxquels l’économie soc...

Chômeurs : la parole niée

Gérard Marle
Droit de cité

Né à l’aube des années 1980, le Mouvement national des chômeurs et des précaires n’a imposé sa voix dans le débat public que de façon très passagère. Parce que ses questions dérangeaient ? Gérard Marle revient sur cette épopée avec émotion. Né à l'aube des années 1980 le Mouvement national des chômeurs et des précaires n'a i...

Chercher l’emploi où il se trouve

Olivier Foschia
Acteur de terrain

« Personne n’est inemployable. » Fort de cette conviction, le réseau Transfer a élaboré une méthode : l’intervention sur les offres et demandes. Son pari ? Plutôt que d’agir sur les « freins sociaux » à l’emploi, plaider directement auprès des entreprises la cause des chômeurs de longue durée. Personne n'est inemployable Fort d...

Partage du travail : perspectives interreligieuses

Pierre Martinot-Lagarde
Question de sens

Le christianisme, comme l’islam, le judaïsme ou le bouddhisme insistent sur la dignité de l’homme au travail, sur son inscription dans une communauté. L’idée d’un partage du travail est diversement accueillie. Partager avec qui ? Pourquoi ? L’auteur appelle à un engagement interreligieux concret sur le sujet. Le christianisme comme l...

Loos-en-Gohelle, la conversion d’un territoire

Jean-François Caron
Responsable politique

Entretien - Au cœur d’un bassin minier sinistré, une petite commune du Pas-de-Calais mise sur la transition énergétique pour sortir de l’ornière. Un seul mot d’ordre : rester à l’écoute des habitants. Dans cet entretien, le maire de Loos-en-Gohelle nous retrace cette étonnante épopée. Entretien Au cœur d'un bassin minier sinistr...

Pour des territoires « zéro chômeur de longue durée »

Patrick Valentin
Droit de cité

Combien coûte à la collectivité le chômage de longue durée ? L’État l’ignore, mais ATD Quart Monde a fait le calcul. Avec 30 milliards d’euros annuels en jeu, le mouvement propose une expérience originale pour rendre aux exclus du marché du travail ce que la Constitution conçoit comme un droit : l’emploi. Combien coûte à la colle...

Les emplois verts : mythe ou réalité ?

Alain Lipietz
Chercheur

Faut-il choisir entre la planète et l’emploi ? Pour l’économiste et ancien eurodéputé Alain Lipietz, la réponse est assurément négative. Chiffres à l’appui, il explique qu’accroître l’activité humaine (et donc le Pib) tout en diminuant l’empreinte écologique, c’est possible ! N’en déplaise aux décroissants. Faut il choi...

S’adapter au marché mondial du travail… jusqu’où ?

Monique Boutrand et François Malhaire
Acteur de terrain

Dans cet entretien croisé, une représentante de la CFDT-Cadres et un membre du mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens nous livrent leur vision du travail et de son évolution. Pour la première, il s’agit d’inventer un nouveau modèle. Pour le second, d’être toujours plus compétitif, en innovant ou en s’adaptant à de nouv...

« J’ai envie de travailler ! »

Jacques Lepage
Droit de cité

Des rencontres organisées par le Secours catholique ont permis à des personnes en recherche d’emploi d’exprimer leurs points de vue : elles nous disent combien le regard d’autrui peut blesser, à quel point le travail est essentiel pour se sentir utile aux autres, tisser des relations, avoir la force de vivre… Des rencontres organisées p...

Salarié, une espèce en voie de disparition ?

Jacques Le Goff
Chercheur

Le travail salarié serait condamné. Alors que les CDI se font plus rares, les contrats plus précaires, le travail indépendant prend de l’ampleur, que les travailleurs y consentent ou s’en accommodent. Le travail lui-même se métamorphose, obligeant le travailleur à devenir plus flexible, plus compétent, plus autonome… et facilement jet...

Survivre en temps de crise. Une perspective historique

Laurence Fontaine
Chercheur

Comment les plus pauvres survivent-ils ? Les stratégies déployées au XVIIIe siècle (multiplication des activités, développement des réseaux sociaux et épargne) témoignent d’une volonté farouche de s’en sortir sans dépendre de la charité d’autrui, stigmatisante et aléatoire. Un état d’esprit vivace en temps de crise. Comment le...

Question en débat : Quel travail sans croissance ?

Réduire le temps de travail reste la solution !


Face à la crise de l’emploi et aux mutations du travail, attendre un hypothétique retour de la croissance est un leurre, nous dit la sociologue Dominique Méda. Mieux vaut réaliser un partage contrôlé du travail, lui redonner du sens et se projeter au-delà de la croissance.

Nous traversons actuellement une double crise : une crise de l’emploi et une crise du travail. La crise de l’emploi semble la mieux connue. Le taux de chômage est devenu l’un des indicateurs dont les évolutions sont les plus scrutées, même si les chiffres officiels (2,9 millions de personnes en France métropolitaine au quatrième trimestre 2012) sont très différents du total des inscrits à Pôle emploi (5,3 millions à la même époque) et relativement éloignés de la perception qu’en a la population. Estimé à 10,4 % de la population métropolitaine active en 2013, le taux officiel flirte ainsi avec son record de 1997 (10,8 % aux deux premiers trimestres). Le phénomène dit « halo du chômage1 » n’a fait que s’amplifier : aux personnes recherchant un emploi et sans aucune activité, on doit ajouter celles cherchant du travail tout en exerçant des activités réduites. Il faut aussi prendre en compte celles dont les trajectoires mêlent contrats très courts ou périodes d’intérim et celles en sous-emploi2 (5,3 % des personnes en emploi). Enfin, pour prendre la mesure de cette crise, on doit prendre en considération la « déstabilisation des stables3 » : outre les personnes en emploi « précaire » (12,3 % de la population en emploi), une partie de celles en CDI ne sont plus véritablement protégées, en raison des licenciements (dont seule une toute petite partie fait l’objet d’un plan de sauvegarde de l’emploi), des fermetures et liquidations d’entreprises et, désormais, du grand nombre de ruptures conventionnelles (320 000 en 2012, soit 16 % des fins de CDI). En 2007 déjà, la France était l’un des pays où s’exprimait le plus fortement la crainte de perdre son emploi et ne pas en retrouver un à compétence égale.

Le travail déboussolé

Suite aux nouvelles formes d’organisation du travail4 et à un nouveau type de management (notamment dans le secteur public), la crise de l’emploi se double d’un véritable malaise et d’une perte de sens du travail. Les Français présentent des niveaux de stress, de fatigue et d’insatisfaction au travail parmi les plus élevés sur le Vieux Continent. La dernière enquête sur les conditions de travail en Europe, menée par la Fondation de Dublin, a confirmé les travaux que nous avions présentés en 2008 avec Lucie Davoine5. Déjà les Français étaient les plus nombreux à déclarer qu’ils étaient souvent stressés au travail, que leur travail les empêchait de consacrer le temps nécessaire à leur famille et à leur couple, que leurs chances de promotions étaient faibles et leur salaire peu élevé. Une enquête consacrée par Radio France au sens du travail a mis en évidence, plus spécifiquement, que les cadres et professions intermédiaires du service public (sans nécessairement être fonctionnaires) – population diplômée extrêmement attachée au travail et à ses valeurs – désespéraient de celui-ci et déclaraient des états de fatigue et des souhaits de retrait très élevés. Cette enquête impute cette perte de sens à l’obsession actuelle pour la rentabilité et la productivité, qui empêche d’effectuer un travail de qualité. Partout l’on se plaint du caractère déshumanisant et inefficace des indicateurs mobilisés par le management et de leur inaptitude à mesurer les capacités des salariés. Dans le même temps, les Français restent, de loin, ceux dont les attentes à l’égard du travail sont les plus fortes : le considérant comme très important, ils sont également les plus nombreux à en plébisciter l’intérêt, les jeunes plus encore que les autres.

La perte de sens du travail est imputée à l’obsession actuelle pour la rentabilité et la productivité, qui empêche d’effectuer un travail de qualité.

En dépit de cette double crise, nombre d’économistes et d’institutions réclament, plus que jamais, un allégement de la protection de l’emploi, c’est-à-dire un assouplissement des règles qui encadrent l’embauche et le licenciement des salariés, considérées comme autant de rigidités empêchant les ajustements nécessaires de s’opérer sur le marché du travail. Malgré les destructions d’emplois, l’idée continue à progresser que l’augmentation du taux et de la durée du chômage proviendrait des réticences des employeurs à embaucher et de leur crainte de ne pouvoir se séparer de leurs salariés. Faciliter la séparation serait ainsi le meilleur remède pour lutter contre les destructions d’emplois… C’est sur ce fondement que se sont déployés des dispositifs comme la rupture conventionnelle en 2008 et, plus récemment, les mesures inscrites dans l’Accord national interprofessionnel et dans la loi de sécurisation de l’emploi de 2013. C’est dans la même perspective que s’inscrivent les discours récurrents prônant la modération salariale, la diminution permanente du coût du travail, du niveau d’indemnisation du chômage ou des minima sociaux, comme un des moyens de sortir de la crise. Au cœur de cette rhétorique se trouve une croyance : le chômage serait non pas un défi collectif mais un défaut individuel, de l’ordre de la paresse. Pour le combattre, il faudrait inciter, voire obliger les individus à revenir sur le marché du travail. De cette conviction découlent les propositions visant à récompenser ceux qui reprennent des quotités plus importantes d’emploi (RSA-activité) et à rendre à nouveau dégressives les indemnités chômage. Dans une telle configuration, renouvelée dans les années 1990 et portée par des institutions internationales comme l’OCDE, le travail est une « désutilité », les individus ont naturellement tendance à lui préférer le « loisir » : il faut donc mettre en place des incitations ou des sanctions pour qu’ils acceptent de reprendre un emploi. Le recul par rapport au statut du travail promu par la Déclaration de Philadelphie, affirmant que « le travail n’est pas une marchandise », est complet ! De même que le décalage entre les attentes posées sur le travail (principalement des attentes de réalisation et d’expression de soi) et la représentation du travail proposée par l’économie.

Outre la politique de contrats aidés – indispensable – et les espoirs placés dans la facilitation des ruptures de contrat, le principal levier pour lutter contre le chômage reste aujourd’hui, aux yeux du gouvernement comme d’une partie des partenaires sociaux6, le retour de la croissance.

Partageons le travail !

Peut-on s’accorder le luxe d’attendre ce retour, quand nous ignorons s’il aura lieu ? L’examen des courbes de la croissance en France et en Europe sur une longue période laisse à penser que la forte croissance des Trente Glorieuses a constitué une exception, une sorte de parenthèse, et que la saturation de l’équipement de base des ménages connue alors ne se reproduira pas. La croissance connaît une baisse tendancielle depuis… 1968 (voir graphique).

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1 réactions pour « Réduire le temps de travail reste la solution ! »

JEANNE PARINO
18 novembre 2013

On parle beaucoup du fiasco que rencontre la réforme des rythmes scolaires... Il faut dire que le gouvernement refuse de voir les vrais problèmes et d'appliquer les vraies solutions !! La réforme à mener se trouve en effet dans la diminution du temps de travail... Le progrès, ce n'est pas de travailler plus, et dans des conditions déplorables... Le progrès c'est que tout le monde puisse travailler, tout en gardant du temps pour soi et ses enfants... Parce que le bien-être des enfants passe par le bien-être des parents... Parce que nous ne sommes pas des machines... Parce que nous méritons mieux que ce que la société actuelle veut bien nous offrir !

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