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Question en débat : Banlieues, cités dans la cité

Cultes, portes ouvertes

Dominique Fontaine
Acteur de terrain

Resumé Une reconnaissance réciproque, relais d’une réinterprétation du patrimoine de chacun. ASaint-Fons, dans cette banlieue qui jouxte les Minguettes, la synagogue, la mosquée, le temple réformé et l’église Père Chevrier se trouvent dans un même rayon de cent mètres. Je l’ai découvert en y arrivant en 2004. Catholiques et protes...

Identités populaires

Pierre Martinot-Lagarde
Chercheur

Resumé Entre résistance et inventivité, les identités cherchent des relais et des passages par de nouvelles conjugaisons. Les événements récents s’inscrivent sur l’horizon de mouvements qui affectent la société française et invitent à s’interroger sur les transformations de l’identité du monde populaire. Les labellisations médi...

Avons-nous oublié les émeutes de 2005 ?

Michel Kokoreff
Chercheur

Resumé Les violences ont donné à voir les tensions et les transformations à l’œuvre dans les quartiers. Elles ont eu une portée politique. Les émeutes survenues à l’automne 2005 ont constitué un phénomène inédit à bien des égards. Pendant près de trois semaines, elles ont focalisé l’attention collective non seulement en France...

Ouverture

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Plus qu’à d’autres époques, la ville se conjugue au pluriel et au singulier : une cité plurielle dans laquelle on peut être mobile sans être renvoyé à une précarité individuelle, mais où l’on peut construire un parcours personnel croisé avec celui des autres. Une cité qui permet donc de se représenter des itinéraires, plus ...

Une crise sans représentants

Bertrand Hériard Dubreuil
Chercheur

Resumé La diversité des interprétations des émeutes de 2005 est signe d’un besoin de représentation politique. Comment qualifier les événements de novembre 2005 ? « Guérilla urbaine » ?, comme il fut dit dans un reportage de France 2 présenté au journal télévisé du 30 octobre 2005. L’expression venait en commentaire des ima...

Le scoutisme, pour apprendre à vivre ensemble

Hanis Dif
Acteur de terrain

Resumé Aider chaque jeune à entrer dans une dynamique de projet. « Notre désir est d’aider les enfants, surtout les plus pauvres, à avoir une chance égale aux autres de devenir des citoyens dignes, heureux et réussissant dans la vie, inspirés par un idéal de service du prochain : ce qui dans leur passé, leur a été trop souvent refus...

Combattre la discrimination à l'école

Jean Hébrard
Chercheur

Resumé L’école enregistre plus qu’elle ne combat la ségrégation sociale. Il reste à vaincre des obstacles : le poids de l’opinion, une mauvaise utilisation de l’espace. Pour notre société, il est vital de rétablir les conditions d’un « vivre ensemble » qui rassemble les personnes, même si elles paraissent appartenir à des g...

Parcours d'obstacles à l'embauche

O. Benfaïd, Mustapha Bouras, Hughes Challan Belval et Inès Minin
Acteur de terrain

Table ronde avec Ommar Benfaïd, Secrétaire confédéral Cfdt chargé de l’immigration et des libertés, Mustapha Bouras président du Cefir, association de Dunkerque, Inès Minin présidente de la Joc et Hughes Challan Belval, administrateur de l’association « Nos quartiers ont des talents » et du Medef 93. Ommar Benfaïd Face aux iné...

Un outil pour les bailleurs

Yann de Saqui Sannes
Acteur de terrain

Resumé Les Hlm peuvent aussi soutenir la vie associative et la tranquillité dans les quartiers. Faciliter la coopération entre les différents acteurs présents sur un même territoire ; impulser, animer et mettre en œuvre des projets en rapport avec les enjeux du renouvellement urbain, puis les évaluer ; assister et conseiller les bailleur...

Ouverture

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

La périphérie dans laquelle les cités sont condamnées à vivre n’est pas que géographique. Elle est aussi celle de leurs droits pour les habitants, quand ils n’ont pas la capacité de les exercer. Après les émeutes de 2005, le gouvernement a nommé dans plusieurs départements des préfets « à l’égalité des chances », rempla...

Territoires d'exclusion

Stéphane Beaud
Chercheur

Resumé C’est moins la ville elle-même ou l’origine étrangère que la précarité qui empêche le processus d’intégration. Quand on fait du terrain, ce qu’on peut analyser n’est pas forcément visible dans l’enquête statistique sans être en contradiction avec elle. Avec Michel Pialoux, nous sommes adeptes du travail de terrain, c...

Repenser la ville avec les élus

Joëlle Boneu-Merckaert
Acteur de terrain

Resumé L’exemple d’une banlieue qui cherche à conjuguer rénovation urbaine et développement social. Située au nord du département des Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne, Villeneuve-la-Garenne est une commune récente, qui a connu une croissance rapide de sa population, à la suite de constructions massives de logements sociaux sur de ...

Politiques de la ville

Thierry Paquot
Chercheur

Resumé A la question sociale se combine la question urbaine. Les quartiers pauvres peuvent-ils être aussi des quartiers populaires ? Il est toujours délicat de marquer d’une pierre blanche l’origine d’une politique, d’un mouvement social, d’une idée, d’une crise sociale, d’un « miracle économique » ou encore d’un changemen...

Ouverture

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Dans d’autres pays d’Europe, les crises urbaines ont rarement pris la même ampleur que chez nous. En France, on a pourtant multiplié les projets et les plans. On a consenti des efforts considérables. Mais on n’a pas refait la ville dans son territoire. Et l’on a considéré les populations des quartiers comme des problèmes, plutôt que...

Banlieues, cités dans la Cité (introduction)

Bertrand Cassaigne
L'équipe de rédaction

Cités, dans la cité ! Elles n’y seraient plus vraiment ? Quand une vague de violence enflamme toute une partie des banlieues, l’opinion s’interroge sur la place qu’elles occupent : des zones de non-droit ? Des ghettos ? Des grands ensembles dont les habitants se voient barrées les routes qui permettent de partager une même cité ...

Les banlieues populaires ont aussi une histoire

Annie Fourcaut
Chercheur

Resumé Une histoire d’urbanisation et d’industrie. Une culture entre enracinement et ébranlement. Les banlieues populaires apparaissent dans les médias à travers le prisme de la délinquance et des émeutes. Pourtant, leur histoire doit s’analyser dans la moyenne durée des deux siècles d’urbanisation et d’industrialisation, puis de ...

Question en débat : Banlieues, cités dans la cité

Banlieues, cités dans la Cité (introduction)


Cités, dans la cité ! Elles n’y seraient plus vraiment ? Quand une vague de violence enflamme toute une partie des banlieues, l’opinion s’interroge sur la place qu’elles occupent : des zones de non-droit ? Des ghettos ? Des grands ensembles dont les habitants se voient barrées les routes qui permettent de partager une même cité : celles d’un parcours de formation, d’un parcours résidentiel, d’un parcours d’utilité dans l’emploi, d’engagement citoyen au-delà des appartenances communautaires ?

Au fil du temps, les cités des périphéries ont rassemblé une population cumulant les difficultés, issue surtout d’immigrations diverses. Elles apparaissent comme un monde « à part » : à part dans l’espace, à part dans les conditions de vie, à part dans les attentes et les possibilités de mobilité sociale. Mais la société n'a-t-elle pas renvoyé à la périphérie la réponse à des problèmes cruciaux, l’urgence de la construction de logements, l’immigration ? Les problèmes ont été externalisés.

Les cités ont répondu à des schémas d’aménagement, certes efficaces voire généreux, mais conçus de façon déliée par rapport à la ville. On les a installées là où il y avait de la place, on a fait une cité distendue, sous la contrainte d’un foncier mal maîtrisé. Les tours ont traduit des choix de densités ponctuelles, faute de chercher la densité d’ensemble d’un vrai quartier dans son environnement, avec des services et des commerces. Au lieu de la ville, on a choisi des Zac. Et dans une perspective moderne, qui privilégie l’individualisme de consommation et de mobilité (l’automobile), c’est un espace divisé que l’on produit.

C’est bien d’un manque de liaison que souffrent les cités. Et il ne suffira pas d’ouvrir des axes de circulation, de casser des barrières, pour retisser des liens qui se sont brisés.

On parle de conjuguer rénovation urbaine et développement social dans les quartiers. Le fait-on vraiment ? Le premier lien est celui que les habitants nouent eux-mêmes entre eux. Ils n’ont pas attendu qu’on mette en route des dispositifs publics pour le faire vivre ! Mais compte-t-on sur celui-ci pour bâtir le vivre ensemble dans la cité ? Les initiatives associatives, les solidarités urbaines, les expressions de citoyenneté sont multiples dans les cités, plus peut-être que dans les centres ville ! Mais notre société libérale et républicaine demeure méfiante à leur égard. Elle a créé de grands ensembles, mais elle craint les dérives du vivre ensemble – elles existent –, sans valoriser ni soutenir les conditions d’une inventivité et d’une solidarité.

Un groupe de jeunes au bas des immeubles peut être une bande, mais il peut être aussi un arbre à palabres, où la reconnaissance réciproque sera porteuse de projets, si elle est accompagnée. Une association d’immigrés peut être un lieu de repli, mais aussi une aide dans un itinéraire pour se situer dans la société avec ses racines, et choisir, à partir de là, de nouer d’autres liens.

Une association de quartier peut se limiter à la revendication, mais dans la négociation elle peut être aussi porteuse de suggestions pour un autre aménagement. C’est à partir de liens de proximité, non plus subis ni imposés mais vécus comme des choix que la participation à la société est heureuse et féconde.

Ils sont l’occasion de valeurs partagées, d’actions, d’itinéraires. La citoyenneté est émancipation mais aussi reconnaissance, lorsque l’on sait que l’on compte pour d’autres.

Mais cette citoyenneté est souvent impossible parce que la première liaison qui est atteinte est celle avec soi-même. Pour les jeunes des quartiers, quand l’avenir vers l’emploi est fermé, quand il se sentent déclassés dans l’orientation qu’on leur propose, quand au collège eux-mêmes et leurs parents se perdent dans les arcanes d’un système éducatif dont ils ne possèdent pas les clés, quand leurs codes sont en complet décalage, quand ils doivent vivre entre plusieurs cultures, on mesure combien l’espace est étroit pour se construire une identité inévitablement fragile. On somme les habitants des cités de banlieue d’être des citoyens. Mais cette citoyenneté est pour eux bien abstraite ! Elle supposerait d’être adossée au socle du respect redonné à eux-mêmes, parce qu’ils sauraient que les droits et les devoirs de chacun ne sont pas de simples mots, mais s’apprennent dans la place réellement donnée pour les exercer.

Il est vrai qu’il y a des irresponsabilités, des incivilités. On casse par plaisir, par défi. Mais le rappel de la loi ne se fera pas par une simple imposition, par la répression. La découverte de règles partagées passe par un apprentissage qui permet d’échapper à un autisme devant l’arbitraire et à l’opacité des institutions. Ce n’est pas pour rien si la requête de respect est tellement présente dans la bouche des jeunes.

La liaison des cités à la Cité est alors l’exigence qui conforte les deux premiers liens, à soi-même et dans la proximité (associative, de voisinage, culturelle…). Ce qui est vécu dans un quartier s’inscrit dans une société à laquelle il importe de participer, où il importe d’être représenté pour orienter des choix publics. Le lien renoué est la reconnaissance d’une capacité, d’une contribution à une construction collective, d’une fécondité pour d’autres.

Des liens fragiles demeurent, qu’il est urgent de conforter, si l’on veut éviter que l’on se raccroche à d’autres, plus tentants : la rigidité d’une identité refuge, l’appartenance imposée, un rapport aux autres qui n’est que subi. Relier les cités demande d’agir dans les trois sphères, pas seulement sur l’une d’entre elles, pas seulement par l’accompagnement des individus, pas seulement par l’écoute des groupes et des communautés, pas seulement par des contrats d’engagement citoyen.

Ces trois registres se mêlent dans les trois domaines abordés dans les trois parties de ce numéro : quelle urbanité, quelles institutions, quelle représentation de soi avec les autres ?

Rénover des quartiers, c’est travailler à redonner un espace aux habitants pour se construire eux-mêmes, pour permettre un développement social qui débouche sur une ouverture de la Cité.

Refuser les discriminations, c’est vouloir que chacun puisse mettre en œuvre ses capacités par la formation et l’emploi… Des capacités qui seront éprouvées mais aussi estimées, et qui feront découvrir réellement une fécondité possible dans la société.

Donner la parole aux gens des cités pour interpréter leurs itinéraires, leurs expériences, avec le soutien de relais actifs sur le terrain, c’est faire émerger de vrais représentants pour que cette parole soit audible dans le débat public. Faisons un rêve ! Que les cités ne soient plus la périphérie de nos villes, mais le creuset de la Cité de demain.

Bertrand Cassaigne


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L'équipe de rédaction

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