Économie |  Pierre-Noël Giraud,
Jamal Azizi,
Timothée Ollivier,
Paul-Hervé Tamokoué Kamga
 |  Presses des Mines, 2016, 250 p., 29€
Par Laurent Duarte | 28 août 2017
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Sous la direction de Pierre-Noël Giraud, des économistes de l’École des Mines s’attellent à la description de la malédiction des rentes extractives en Afrique. Le cas du Congo-Brazzaville illustre particulièrement ce paradoxe : quand l’État perçoit, chaque jour, trois dollars par habitant de recette pétrolière, 50 % de la population vit avec moins d’un dollar par jour.

L’émergence soutenable du continent africain reposera, en grande partie, sur la capacité des États à parvenir à un juste usage des recettes liées à l’extraction minière et pétrolière, en luttant contre la corruption, en renégociant avec les entreprises multinationales le partage de la rente mais aussi par une diversification des économies dépendantes.

La première partie, théorique, étudie la notion d’économie de rente. Les auteurs rappellent que la rente peut être définie comme la différence, pour une unité de production donnée, entre son coût de production et son prix de vente sur le marché. Ils reviennent sur la difficulté à définir les coûts (cash cost ou coût de développement), l’origine des contrats inéquitables entre États et opérateurs (asymétrie d’informations, corruption, limites des processus de transparence...) et l’usage des rentes. Ils insistent, à raison, sur les risques de « syndrome hollandais » – l’appréciation du taux de change lors de la découverte de gisement, qui peut pénaliser les autres exportations – mais aussi sur la mauvaise gestion des finances publiques.

La seconde partie s’adresse plutôt à des experts, proposant, notamment, une analyse économétrique sur les rentes, le développement agricole et l’urbanisation en Afrique.

Mais c’est la dernière partie, qui compile des études de cas, qui a retenu particulièrement notre intérêt. Parmi les 9 pays analysés, on retiendra deux exemples particulièrement illustratifs : l’Angola et le Botswana.

Le premier dispose de gisements de pétrole et de diamants importants. Mais l’État, tenu par le même parti depuis l’indépendance en 1974 et la Sonangol (l’entreprise pétrolière nationale) entretiennent une relation opaque et la rente ne bénéficie qu’à une petite partie de la population. L’Angola est un des pays les plus inégalitaires de la planète et aucune initiative économique n’échappe à l’emprise de la famille Dos Santos au pouvoir.

Le Botswana, à l’inverse, fait figure d’exemple africain en matière d’usage de la rente, diamantifère en l’occurence. En 2012, un tiers des revenus de l’État était issu de l’exploitation des mines de diamants. Le code minier et la loi sur la fiscalité, mis en place en 1999, permettent une taxation équilibrée. La prudence dans la gestion des recettes est assurée par les fonds de stabilisation et de service de la dette publique, institués dès 1972. Les excédents budgétaires des années fastes compensent ainsi les années de vaches maigres et protègent des fluctuations des marchés. La gouvernance y est de qualité avec un indice de transparence élevé et l’existence de contre-pouvoirs forts. Il reste, néanmoins, au Botswana à transformer l’essai en diversifiant son économie. Cet exemple démontre comment l’État rentier peut être vertueux en Afrique, s’il est encadré par des institutions stables et bien gérées. En conclusion, les auteurs proposent quelques pistes pour répondre aux défis de l’usage des rentes : renégociations des contrats, prise de participation de l’État dans des filiales d’opérateurs étrangers, mise en place de fonds de stabilisation, adoption d’une approche globale dans la lutte contre la corruption.