Économie |  Anton Brender,
Émile Gagna,
Florence Pisani
 |  La Découverte, 2012, 128 p., 10 €
Par Jean-Yves Deler | 7 mars 2013
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Ce livre propose des scénarios de « sortie de crise » en Europe, USA et au Japon. Même s’il évite de trop recourir à la formalisation mathématique (les analyses techniques sont renvoyées dans des encadrés), il reste d’une lecture un peu aride pour le néophyte. Heureusement, celui-ci pourra se reporter aux excellentes introductions et conclusions partielles de chacun des chapitres. La crise des dettes souveraines rappelle que la récente hausse de l’endettement public correspond bien à une réponse des États à la chute de la consommation privée après la crise des subprimes. C’est à l’État de « consommer » pour éviter la récession ; l’accroissement de la dette est le prix du sauvetage des économies. Mais s’il est nécessaire de mettre en œuvre des dispositifs de réduction des déficits et de la dette (les comptes sociaux ne vont cesser de se dégrader dans les années à venir), cet effort d’austérité ne doit pas intervenir trop tôt. Il convient de « placer le problème de la soutenabilité d’une dette publique dans la perspective qui est la bonne : celle du long terme ». À rebours d’une idée répandue, l’ouvrage souligne en effet que les finances publiques ne sont pas équivalentes à de la dette privée : l’État est maître de ses ressources, a la possibilité d’emprunter à bas prix et – à la différence des agents privés – reste immortel. Il n’y a pas de ratio d’endettement « critique » au-delà duquel s’amorcerait une spirale de récession, et il n’est pas totalement exact de dire que nous transmettrons à nos enfants le fardeau de nos dettes : ils recevront de nous aussi tout ce que celles-ci ont permis de financer. Les stratégies de sortie de crise sont-elles vraiment pertinentes ? Le Japon, qui a bénéficié jusque-là de faibles taux d’intérêt, aura prochainement à se re-financer à des conditions moins avantageuses auprès des épargnants non-résidents. Il lui faudra réaliser de vigoureux efforts de refonte de son système de retraite, ou accepter de monétiser sa dette par la Banque centrale, au risque de l’inflation. Les États-Unis ont, quant à eux, opté pour une stratégie de croissance avec la poursuite des déficits, en faisant le pari que le reste du monde, qui achète toujours l’essentiel de leurs bons du Trésor, continuera à le faire indéfiniment. Or le simple fait de revenir sur les baisses d’impôts octroyées aux plus riches permettrait de réduire leur déficit à 2 % du Pib dès 2014, sans pénaliser la croissance. L’Europe, enfin, souffre de son manque de cohésion. Le risque de défaillance de certains États amène une hausse générale des taux consentis à la plupart de leurs voisins. Et, faute de pouvoir stimuler sa croissance économique par une baisse de l’euro, notre continent se condamne à des années de stagnation alourdissant d’autant le service de la dette. Des mesures d’austérité, trop ambitieuses et prématurées achèveront de brider la croissance. Pourtant, « pour beaucoup de pays développés, une poursuite de l’endettement public pendant encore quelques années n’aurait rien d’inquiétant ». Il est difficile de faire rapidement l’état d’un problème aussi complexe que celui de la crise des dettes souveraines ; on regrettera par exemple l’absence de toute référence au rôle des paradis fiscaux ainsi qu’une éviction bien rapide des vertus de l’inflation. Il reste que cet ouvrage est un exercice de synthèse réussi, quand bien même ses conclusions restent particulièrement pessimistes.

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