Société |  Bernard Friot |  La Dispute, 2012, 204 p., 15 € Par Françoise Piotet | 6 mars 2013
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Pourquoi le salaire est-il un enjeu ? Parce qu’il ne se réduit pas à la feuille de paie mais qu’il peut être un outil majeur « d’émancipation et de transformation sociale », instrument de l’abolition révolutionnaire du capitalisme, jugée non utopique par Bernard Friot. Le salaire dont il est ici question est le salaire total : le salaire net, ce que touche le salarié, auquel il faut ajouter les cotisations salariales et patronales. « Si on y ajoute la CSG, 40 % du salaire total est déjà socialisé ». L’auteur propose d’étendre ce « système de la cotisation » et d’y affecter, par étapes, l’intégralité de la richesse produite en commençant par une « cotisation salaire », versée à une caisse de salaire, et une « cotisation économique », versée à une caisse d’investissement. Les conséquences sont nombreuses. La caisse de salaire et non l’entreprise rémunère les salariés, changeant la nature du rapport de force en son sein. Les salariés acquièrent un pouvoir décisif sur les choix d’investissements par le biais de leur action au sein de la caisse d’investissement. L’auteur propose une extension du salariat à l’ensemble de la population en déconnectant le travail de l’emploi. La réduction de la « valeur travail » au temps de travail n’a plus de raison d’être, la totalité des activités est considérée comme un travail. Ce ne sont plus les postes qui sont qualifiés mais les individus, à l’instar de ce qui existe déjà dans la fonction publique. Quatre classes de qualifications sont ainsi prévues, associées à un salaire allant de 1 500 à 6 000 €. Leur reconnaissance étant accordée par des commissions spécialisées, un premier niveau de qualification est assuré à tous dès l’âge de la majorité. Le conflit, certes, ne disparaît pas, mais il change de nature. Il porte désormais sur la définition de la valeur autour des choix d’investissement ou de reconnaissance des qualifications. Ce livre écrit pour la gauche de la gauche est particulièrement critique à l’égard des réformistes et des sociaux-démocrates qui se contentent de mieux réguler le système capitaliste grâce à une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre travail et capital. Chacune des propositions présentées dans l’ouvrage soulève de nombreuses questions et l’on regrette en particulier que l’auteur ne tienne aucun compte de l’environnement international et ne dise pas un mot sur le rôle dévolu à l’État dans cette société d’où le capitalisme est aboli. Bien écrit et très didactique, il rend mieux compréhensible ce qui oppose aujourd’hui la gauche de la gauche aux socialistes au pouvoir.

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