Écologie |  Baptiste Monsaingeon |  Seuil, 2017, 288 p., 19€ Par Samuel Sauvage | 25 juillet 2017
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Bien qu’issu d’une thèse de sociologie anthropologique, cet ouvrage se lit avec plaisir tant la rédaction s'avère vivante et soignée. Homo Detritus, contrairement à ce à quoi pourrait s’attendre un lecteur distrait, ne propose pas une énième leçon de morale sur l’accumulation des déchets. Il constitue, au contraire, un appel à « se mettre à l’écoute de ce qui reste ». Il commence par une histoire du déchet qui s’apparente à une analyse de la modernité. L’hygiénisme, puis l’environnementalisme, s’érigent pour éloigner le déchet d’un monde de plus en plus contrôlé par l’homme… Et ce faisant, cette mise au rebut conduit l’homme à mieux perpétuer ses excès.

Avec la technicisation du monde, se met en place une société du recyclage, un « waste management », proposant des solutions de plus en plus artificielles pour faire du déchet un fantôme ou, dans sa version la plus élaborée, une ressource. Malgré ses promesses et la sincérité de certains de ses hérauts, l’économie circulaire renforce cette vision managériale technicienne de la société du déchet, tentant vainement de vaincre la mort. Le plastique, cette matière nuisible à laquelle un chapitre entier est consacré, illustre l’impuissance de l’homme prométhéen, devenu « homo plasticus ».

Si l’ouvrage s’attarde sur les nombreuses initiatives citoyennes qui jaillissent de la société moderne, c’est pour montrer les deux visages de l’Homo detritus. D’un côté l’éco-citoyen, avec toutes les intentions louables, tombe dans le piège de la responsabilisation individuelle, préférant les « petits gestes » aux « grands choix ». De l’autre côté, les nouveaux chiffonniers renouent un dialogue fertile avec les déchets. Ils dessinent une voie d’espoir pour un « bateau monde » où il est inutile de jeter les déchets par-dessus bord pour mieux les ignorer.

On peut déplorer le manque de solutions proposées par l’ouvrage ainsi que le manque d’analyses économiques autour d’un système basé sur l’obsolescence des biens de consommation, mais Baptiste Monsaingeon offre ici une lecture aussi impitoyable que rafraîchissante d’une société du déchet qu’on n’a pas fini d’appréhender.