Société |  Olivier Roy,
Naïma M’Faddel
 |  Seuil, 2017, 192 p., 17€
Par Laurent Duarte | 28 août 2017
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Et tout ça devrait faire d’excellents Français est un livre d’entretiens entre Naïma M’Faddel, élue de la ville de Dreux et Olivier Roy, spécialiste de l’islam politique.

Celui-ci joue ici le rôle d’animateur d’une discussion pour laquelle Naïma M’Faddel fournit réflexions et témoignages. Elle porte un regard sans complaisance sur la politique actuelle de la ville, se posant en tenante d’une ligne républicaine traditionnelle, dont l’axe directeur est le combat pour un traitement égalitaire des quartiers populaires par les services d’État. Elle incarne une classe moyenne de la deuxième génération, qui rejette à la fois les traditions des parents immigrés et la nouvelle vision salafiste, tout en assumant une pratique religieuse sécularisée. Naïma M’Faddel s’inscrit ainsi dans une certaine pratique de l’islam, prise entre la contrainte de se battre contre l’islamophobie et de se distinguer continuellement d’un islam rigoriste en opposition avec son mode de vie.
Ce qui frappe à la lecture, c’est aussi le constat d’un délitement social que la politique de la ville est incapable d’arrêter. Les politiques publiques territorialisées peuvent même avoir un effet accélérateur de ce délitement, comme l’illustra la politique dit des grands frères visant davantage à acheter la paix sociale qu’à agir pour une émancipation des populations vulnérables.

Ce livre, cependant, ne s’en tient pas à un constat accablant sur le quotidien des quartiers périphériques, il est un appel pour des réformes de fond : nationalisation de la politique de la ville ; renoncement catégorique à une différenciation ethnique ou culturelle des personnes au nom d’un accommodement des valeurs ; renforcement de la politique de protection de l’enfance ; rétablissement d’un lien entre l’école et les parents...

Si les sujets évoqués demeurent assez classiques par rapport au thème de relégation, l’intérêt du livre réside surtout dans l’honnêteté et la facilité d’accès qui ressortent des échanges entre l’enseignant-chercheur et l’élue de terrain.