Religion |  Baudoin Roger |  Cerf, 2012, 330 p., 29 € Par Catherine Granier | 6 mars 2013
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Enseignant la morale sociale au Collège des Bernardins et au Centre Sèvres, le père Baudoin Roger entend montrer, d’une part, comment depuis la fin du XIXe siècle l’Église a le souci de la question sociale et, d’autre part, qu’une cohérence de fond apparaît au travers de l’analyse des écrits du magistère.

En étudiant successivement les documents – depuis Rerum novarum (1891) jusqu’à Caritas in veritate (2009) –, l’auteur présente non seulement l’histoire de ce corpus, mais également l’ensemble des concepts abordés au fil du temps. Le cœur du livre consiste en une étude détaillée des textes de 1891 à 2009, rendant compte de l’évolution de la réflexion et de sa cohérence. L’auteur établit ainsi une sorte de « cartographie » où pointent des repères tels que « la dignité de l’homme », « le droit de propriété » ou « le sens du travail ».

Dans un premier chapitre, l’enracinement de la doctrine sociale est évoqué dans une perspective large : la place de la morale sociale dans l’Ancien Testament et dans la tradition juive sera au fondement de la « conscience personnelle » développée dans le Nouveau Testament et la tradition chrétienne. Un rappel historique très contextuel introduit chacun des chapitres suivants afin d’éclairer le sens des documents, toujours inscrits dans un moment singulier de l’histoire et visant à répondre aux questions propres de leur époque.

Les rédacteurs de chaque texte s’appuient systématiquement sur les écrits antérieurs : on saisit ainsi l’évolution de la position de l’Église, par exemple sur le rapport entre justice et charité, sur le contenu et les limites du droit de propriété et des moyens de production, sur le rôle et les finalités de l’État. Si certains concepts font date, comme celui de la « subsidiarité » introduit dans Quadragesimo anno (1931) et approfondi par Jean-Paul II dans Centesimus annus (1991), d’autres apparaissent plus tardivement : celui d’« employeur indirect » qu’on trouve seulement dans Laborem exercens (1981) ou celui de « gratuité », mis en avant par Benoît XVI dans Caritas in veritate (2009).

Les premières encycliques ne font guère référence au concept de personne, mais, dans son analyse, Baudoin Roger indique comment la doctrine sociale passe progressivement d’une critique des institutions sociales sans référence à une anthropologie particulière à une anthropologie de la personne. Celle-ci deviendra, avec Jean XXIII et surtout Jean-Paul II, « déterminante pour la réflexion morale sur les institutions de la société ».

« Philosophie sociale » à la fin du XIXe siècle, la doctrine de l’Église s’enracine davantage dans la théologie, particulièrement depuis Vatican II (Gaudium et spes). Désormais, les questions sont abordées à partir d’une lecture des « signes des temps », démarche inductive qui a changé la position de l’Église dans son rapport au monde. Quittant une position « hiérarchique » où elle surplombait tout, l’Église, avec Vatican II, s’est ouverte pour dialoguer avec le monde. Benoît XVI, dans Caritas in veritate, approfondit la réflexion en s’inscrivant dans une perspective théologale : « La vérité doit être recherchée, découverte et exprimée dans ‘l’économie’ de l’amour, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité » (CV 2). La doctrine sociale est la contribution de l’Église à cette recherche de la vérité qui concerne tous les hommes.

L’ensemble de ce parcours souligne combien cette pensée sociale est vivante : réflexion qui s’enrichit à travers l’histoire, elle excède largement le cercle des seuls croyants catholiques. Par les repères, les principes de réflexion qu’elle propose, elle reste très actuelle pour orienter l’action.

L’ouvrage – cela se perçoit à travers une certaine lourdeur de style et des répétitions –, a été rédigé à partir d’un cours : il s’agit d’un véritable manuel de base, d’une grande clarté pédagogique. Outil désormais indispensable pour qui veut approfondir sa connaissance de la doctrine sociale de l’Église.

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Pour aller plus loin :

www.doctrine-sociale-catholique.fr : Les textes originaux, des analyses...