Société |  Laurence Devillers |  Plon, 2017, 240 p., 16,90€ Par Jean Vettraino | 26 juillet 2017
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Le mot « robot » n’a pas cent ans ; il nous vient d’une pièce de théâtre de science-fiction tchécoslovaque. Ce n’est pas l’un des moindres mérites de la professeure Laurence Devillers que d’en donner une définition claire et d’aller plus loin en proposant la notion de « robot social », soulignant ainsi les multiples enjeux sociétaux attachés aux robots. Car, à ses yeux, il est clair que, au même titre que les smartphones ou les voitures aujourd’hui, les robots feront partie de notre monde dans un futur proche. À bien y regarder, ils en font déjà partie : 1000 robots Pepper sont en activité dans des familles japonaises, trois mille robot Paro aident des patients dans des établissements de soin d’une trentaine de pays (dont la France). Raison de plus pour bien savoir de quoi l’on parle et de se doter de régulations sensées. Tâche difficile tant les fantasmes et/ou les peurs sont prégnants – peurs parfois justifiées comme sur la question du remplacement des hommes par des robots dans de nombreux métiers. Il existe, pour autant, beaucoup d’incompréhensions et de confusions. Par exemple, entre le développement de l’intelligence artificielle et ce qu’il faudrait pour développer un robot socialement intelligent. « L’intelligence des robots n’a rien à voir avec celle des humains. Il faudra expliquer ou même former les utilisateurs aux algorithmes et à l’intelligence artificielle embarqués sur les robots et démystifier leurs capacités, car l’homme a naturellement tendance à anthropomorphiser la machine et à lui donner des capacités qu’elle n’a pas. » Comme l’homme a tendance à s’attacher à un robot, à mesure que ses interactions s’intensifient avec lui… Un chapitre concerne, en effet, l’interaction humain-robot, domaine dont l’auteure est l’une des meilleures spécialistes. Plus largement, l’initiation proposée sur l’éthique en robotique (comprenant la question de la moralité des machines), ancrée dans la littérature – l’écrivain américain Isaac Asimov est le fil rouge de l’ouvrage –, est très intéressante. Ce qui n’est pas étonnant de la part d’une scientifique qui souhaite que les robots « favorisent l’humanisation de chacun d’entre nous ».