Politique |  Louis Maurin |  Observatoire des inégalités, 2018, 128 p., 9 € Par Jean Vettraino | 22 août 2018
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L’Observatoire des inégalités, un organisme indépendant, existe depuis quinze ans. Rédigé par son directeur, Louis Maurin, cet ouvrage s’inscrit dans un triptyque comprenant également le Rapport sur les inégalités en France (2017 pour la dernière édition) et Que faire contre les inégalités ? (2016). Une triple exigence préside à ces travaux : l’intégrité intellectuelle (refus de dramatiser le débat et analyse minutieuse de ses termes), la clarté du propos et l’aspiration à plus de justice sociale. Louis Maurin montre que ce sont les inégalités injustes qui nous heurtent et qu’en même temps il n’existe pas de mesure juste ou objective de l’inégalité – pas plus que de la pauvreté ou de la richesse d’ailleurs. D’où l’importance de comprendre les outils et méthodes qui servent à les mesurer. Le plus souvent, le débat est centré sur les seules données… Mais celles-ci doivent toujours être contextualisées et interrogées. Par exemple, la réussite scolaire des enfants d’immigrés : 55 % des enfants originaires du Maghreb obtiennent le bac, contre 64 % de familles non immigrées. On pourrait dès lors penser que l’origine migratoire détermine en grande partie la réussite au bac. Mais les enfants d’origine immigrée sont généralement issus de milieux beaucoup moins qualifiés. Si l’on considère les enfants dont aucun des parents n’a ce diplôme, il n’y a aucune différence dans la réussite au bac entre ceux issus de familles non immigrées et ceux de familles originaires du Maghreb (37 %). Les inégalités entre catégories sociales sont généralement minorées, alors que d’autres sont mises en avant : de genre, d’origine, de culture, de territoire. En définitive, réfléchir aux inégalités revient à réfléchir à la société dans laquelle nous voulons vivre. En effet, « l’égalité des chances n’a pas d’intérêt si l’on ne réfléchit pas à où nous mènent ces chances » ! Aussi faut-il « concevoir l’égalité, non comme un alignement sur le modèle existant, mais comme une transformation de celui-ci ». En conclusion, quelques paroles de chansons, « plus puissantes que le pensent les adultes et (jouant) un rôle plus favorable que les discours qui répètent que notre société s’effondre », ouvrent sur une note d’espoir.