Société |  Daniel Welzer-Lang |  Érès, 2018, 208 p., 12,50 € Par Anne de Mullenheim | 30 juillet 2018
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Avec ce petit livre court, le sociologue nous propose un tour d’horizon, très pédagogique, de ce qu’il identifie comme ces « nouvelles hétérosexualités ». On y découvre les différences entre pansexualité, bisexualité, transidentité, polyamour… avec moult détails et précisions (qui, comment, avec qui) et leur évolution – la plupart clandestines avant de se diffuser de plus en plus via internet. Intimement liée aux cadres et interdits moraux, on comprend aisément que la sexualité évolue en permanence et fasse bouger, parfois, les lignes des normes relationnelles. Il est frappant de constater comment certaines pratiques, se voulant aux marges de règles jugées trop strictes, reproduisent tout de même certains stéréotypes, notamment de genre. Ce sont ainsi souvent les mêmes – les femmes et les hommes jugés pas assez virils – qui se retrouvent plus ou moins soumis, voire victimes, des désirs des autres – les hommes très « masculins » – sous peine de ne pas paraître assez libérés. Ainsi, certaines de ces nouvelles hétérosexualités ne font que reproduire des schémas déjà existants. Hormis la possibilité de satisfaire une éventuelle curiosité, on regrettera plusieurs lacunes dans l’ouvrage. Au risque de paraître désespérément vieux jeu à l’auteur, il semble difficile d’envisager froidement les pratiques sexuelles, sans qu’aucune dimension affective n’apparaisse. Que le sexe puisse être détaché du sentiment amoureux pour certains, certes. Que l’on parte du principe que sentiments et sexualité sont systématiquement à part, paraît bien froid et peu enthousiasmant. Par ailleurs, les descriptions ne sont pas proposées sans un certain biais. Le poids des traditions morales, religieuses et familiales a bien évidemment imposé pendant très longtemps (et continue de le faire) des unions forcées et de nombreuses souffrances chez toutes celles et ceux hors de la norme. Citons les mutilations sexuelles et toutes les violences faites aux femmes, les sanctions pénales voire capitales encore encourues dans certains pays par les personnes homosexuelles... Mais il est un peu facile de pointer du doigt le mariage et l’Église comme seuls responsables ! Quant au couple monogame, il n’est pas si simple que cela non plus, ni d’un ennui mortel, contrairement aux propos de l’auteur. Et il mériterait, aussi, un regard bienveillant et curieux. Ce qui aurait évité bien des poncifs faciles et réducteurs, ainsi qu’au lecteur, la désagréable sensation d’être jugé, voire méprisé, par l’auteur, pour ne pas avoir les bonnes pratiques sexuelles.