Économie |  Cécile Renouard,
Swann Bommier
 |  Éditions Charles-Leopold Mayer, 2018, 264 p., 25 €
Par Louise Roblin | 23 juillet 2018
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Cécile Renouard, professeure à l’Essec et directrice du programme de recherche « entreprises et développement », et son ancien élève, docteur en science politique, Swann Bommier signent ici un ouvrage imposant. Leur intuition de départ est que la responsabilité sociale des entreprises (RSE) remplit de moins en moins bien sa fonction. Elle est a minima un alibi du business as usual, quand elle ne tend pas à aggraver les problèmes qu’elle est censée résoudre : toujours plus de dégradations écologiques, une plus grande uniformisation des cultures, l’aliénation des corps et une colonisation des imaginaires par la sphère marchande. Comment rénover la RSE ? Les auteurs passent en revue, de façon détaillée, les quatre volets de la responsabilité de l’entreprise. Premièrement, elle est économique et financière. Certes, les entreprises sont des acteurs privés, qui recherchent légitimement le profit, mais elles sont aussi des acteurs politiques, et leur conduite pourrait dépasser le cadre légal et la philanthropie. Dans cette optique, les auteurs examinent tour à tour les critères d’investissement pour une économie durable, la nécessité de réformer les normes comptables, les problèmes que posent la fiscalité pour la justice globale et l’importance d’une politique salariale qui n’accroisse pas les inégalités. Deuxièmement, la responsabilité des entreprises est sociale. Sont évoqués ici le droit du travail, les institutions économiques permettant une approche juste des chaînes de valeur mondiales et les initiatives multipartites. Troisièmement, les auteurs s’intéressent à la responsabilité sociétale et environnementale : les normes internationales font passer peu à peu les entreprises d’une perspective philanthropique ou managériale, reposant uniquement sur leur bon vouloir, à une perspective de gestion de leurs impacts sur les droits de l’Homme et l’environnement ; parallèlement, les business peuvent se faire innovants pour être inclusifs et circulaires. Quatrièmement enfin, la responsabilité des entreprises est politique : elles contribuent directement à la vie de la cité mais elles jouent aussi un rôle dans la construction de l’écosystème au sein duquel elles agissent. C’est dans cette perspective que les auteurs peuvent avancer l’hypothèse que les entreprises pourraient être des « communs », au sens d’une « démarche d’interprétation et d’action collective en vue de la création, de la répartition et de l’usage des biens au service du lien social et écologique ». Cette notion de commun, qui implique une gouvernance collective et des espaces de délibération, viendrait se substituer à celle de la RSE, pour adopter de nouveaux modèles économiques qui soient réellement au service du bien commun. C’est la grande originalité de l’ouvrage, de penser ensemble bien commun et communs, en considérant qu’entreprendre en commun, c'est voir le profit comme moyen au service d’une fin qui demande à être débattue de manière démocratique et qui n’a de sens que si elle respecte à la fois les contraintes écologiques et la dignité des parties prenantes.