Religion |  Philippe Corcuff,
Jérôme Alexandre,
Haoues Seniguer,
Isabelle Sorente
 |  Le bord de l’eau, 2018, 110 p., 12 €
Par Jean Vettraino | 10 septembre 2018
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L’engagement citoyen se renouvelle sans cesse. Il est abordé ici sous l’angle spirituel, à entendre comme « exploration du sens et des valeurs de l’existence, dont les canaux religieux ne sont qu’une des modalités ». Ces spiritualités, loin d’être éthérées, s’ancrent dans des rapports sociaux et politiques, dans des vies indissociablement individuelles et collectives, intimes et publiques, dans des corps. Ce que le texte de la romancière Isabelle Sorente, « L’introduction au silence », qui clôt cet ouvrage, illustre parfaitement. Elle relate le début de sa première retraite zen et questionne ce « spirituel » du point de vue d’une femme. Haoues Seniguer, maître de conférences en science politique, de confession musulmane, estime « qu’une religion ou une spiritualité qui n’est pas enracinée dans la réalité sociale, (…) qui n’entreprend rien éthiquement, socialement, est moribonde ». Le dialogue qu’il noue avec Philippe Corcuff – maître de conférences en science politique également et auteur de Pour une spiritualité sans dieux (Textuel, 2016) – constitue le cœur de l’ouvrage. Il est complété par deux « prolongements spirituels » : celui d’Isabelle Sorente et celui du théologien Jérôme Alexandre (« Spiritualité et cité : brève exploration en forme d’interrogation par un chrétien libertaire »). Pour ce dernier, la spiritualité, parce qu’elle instaure un certain rapport aux autres et à l’altérité, est intrinsèquement politique. Convergences, intersections et interactions apparaissent donc dans ce double dialogue, qui se déroule toujours en terrain laïc, dans l’esprit de la loi de 1905 : « La cohabitation d’une pluralité de croyances et d’incroyances, supposant le partage d’un minimum de repères ne peut que récuser [toutes] formes d’intégrisme, religieux ou scientiste ». Saluons cette laïcité ouverte et intelligente, une notion sur laquelle reviennent Philippe Corcuff et Haoues Seniguer, qui abordent aussi les usages politiques du religieux (et de l’islam en particulier). Peut-être faut-il, comme le propose Jérôme Alexandre, « honorer ensemble le spirituel de sa portée naturellement politique et le politique de sa valeur naturellement spirituelle, si l’on veut se donner quelques possibilités d’inventer l’avenir commun ».