Monde |  David Mahut |  L’Harmattan, 2018, 282 p., 29 € Par Jean-Marie Carrière | 22 juin 2018
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De Bamako à Paris, que s’est-il passé ? La quarantaine de migrants maliens installés à Paris et qu’a suivis cette ethnographie (menée entre 2007 et 2012), ont vécu ce que l’auteur qualifie comme un déclassement : une double impasse, à Bamako et à Paris. Leur capital pré-migratoire était constitué par leur appartenance à la petite bourgeoisie urbaine, une parfaite maîtrise de la langue française et le diplôme qu’ils avaient obtenu (du baccalauréat au doctorat). Mais ils ont fait l’expérience d’un investissement scolaire infructueux, d’une insertion difficile sur le marché du travail local, qui les a maintenus en position de subordination par rapport à leurs ascendants. L’immigration à Paris a été alors un projet de mobilité sociale, la possibilité d’un acte d’émancipation qui leur redonne en même temps leur place dans le collectif familial. Malgré un réseau d’interconnaissances qui les a beaucoup aidés, à Paris, ils sont ouvriers, employés et se retrouvent dans une position qui ne correspond pas à leur bagage : un résultat qui leur est imposé finalement  par les contraintes de leur situation administrative. Mais ces situations ne sous-tendent pas les mêmes enjeux, vues de France (reproduire les conditions de vie originelle) ou du Mali (répondre à l’exigence de la dette familiale par les transferts financiers) : des enjeux qui sont analysés ici à travers la notion de déclassement. L’enquête porte aussi son attention sur le hors-travail, pour décrire les relations sociales en condition migratoire, selon les divers réseaux auxquels ces maliens participent et qui construisent leur existence à Paris en relation avec Bamako. Alors, adaptation sociale ou intégration ? L’auteur interroge, en introduction, ces deux concepts par une discussion avec Raymond Boudon et Dominique Schnapper. L’intérêt de son ouvrage est de mettre en valeur l’importance des origines sociales dans les itinéraires migratoires, en interrogeant de manière précise les positions des personnes dans les sociétés d’émigration et d’immigration, aux deux bouts du parcours migratoire.