Société |  Olivier Masclef |  Nouvelle Cité, 2018, 160 p., 14 € Par Émilie Reclus | 14 mai 2018
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Le don : « Un des rocs humains sur lesquels sont bâties nos sociétés », écrit Marcel Mauss (1872-1950) dans l’Essai sur le don (1924), un ouvrage dense, fulgurant et complexe. Celui-ci est au cœur de l’essai, qui paraît dans la jeune collection « Penser avec » des Éditions Nouvelle Cité (voir aussi Penser le travail avec Simone Weil, également recensé par la Revue Projet), par Olivier Masclef, docteur en sciences de gestion, directeur de la chaire Management du travail vivant, à l’Ircom, qui a coordonné en 2015 L’entreprise, une affaire de don (aux mêmes éditions). Avec clarté et pédagogie, sans s’arrêter aux débats épistémologiques, il se centre sur un double aspect. Pour montrer d’abord comment Marcel Mauss théorise la « forme et la raison de l’échange dans les sociétés archaïques » ; comment, d’une certaine manière, le don contient, résume et fait tenir l’ensemble des rapports sociaux – religieux, économiques, familiaux, claniques, etc. Pour s’arrêter, ensuite, au grand saut effectué par Marcel Mauss, des sociétés dites « archaïques » aux sociétés occidentales modernes. Après avoir souligné le changement de la structure du don dans ces dernières, il souligne que Marcel Mauss ne justifie guère ce saut. Mais celui-ci souhaiterait que les sociétés modernes, de plus en plus individualistes et soumises à l’échange marchand capitaliste, « reviennent » au don archaïque : une sorte de « retour au droit » et à une « morale des groupes », aptes à promouvoir le progrès social – et socialiste (Mauss était proche de Jaurès). Ce qui permettrait aussi d’établir des rapports plus pacifiques entre les nations (nous sommes dans les années 1920). Pourtant, comme le note Olivier Masclef, « avec la séparation des dimensions qui faisaient de lui un fait social total, le don cesse d’être constitutif de la société moderne » (p. 124) ; s’il n’en est pas absent, le don n’est plus au centre des rapports sociaux. La courte bibliographie proposée aurait pu souligner le travail éditorial des Puf, sous la direction de Florence Weber, de l’œuvre de Marcel Mauss, mais aussi le livre de François Athané : Une histoire naturelle du don.