Politique |  Mathieu Lefebvre,
Pierre Pestieau
 |  Puf, 2017, 234 p., 19 €
Par Bernard Perret | 30 mai 2018
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Comme l’indique son titre, cet ouvrage prend la défense d’un État-providence régulièrement critiqué pour son inefficacité et la charge excessive qu’il fait peser sur l’économie. Pour étayer leur plaidoyer, Mathieu Lefebvre et Pierre Pestieau n’ont aucun mal à démontrer que la protection sociale joue un rôle indispensable pour contenir la pauvreté et l’accroissement des inégalités. La comparaison des taux de pauvreté avant et après transferts est éloquente (respectivement 44,4 % et 13,3 % pour la France). Mais ce simple constat ne peut suffire à convaincre ceux qui mettent en avant l’impact négatif des dépenses sociales sur la croissance et l’emploi. Sur ce point décisif, on peut reprocher au livre de se contenter d’arguments et de solutions qui ne répondent que partiellement à la question. Ainsi, l’élargissement de l’assiette du financement, sans doute souhaitable, ne suffira pas à résoudre durablement le problème posé par le différentiel de croissance entre les dépenses de protection sociale et le PIB, qui a toutes les chances de s’aggraver. Les auteurs sont plus pertinents quand ils procèdent à l’examen critique des différentes voies de réforme évoquées ou expérimentées ces dernières années : « activation » des dépenses, responsabilisation, ciblage et individualisation. Dans chaque cas, les raisonnements sous-jacents et leurs limites sont clairement exposés. Contre les défenseurs de l’allocation universelle, les auteurs restent attachés à des aides sociales versées aux ménages, tout en reconnaissant qu’« une réforme simple conduisant à l’harmonisation [des] minimas sociaux serait souhaitable au nom de l’équité et de la transparence » (p. 70). Un autre développement intéressant est consacré à la « soutenabilité politique » des différents types d’État-providence. Le modèle « bévéridgien » financé par l’impôt et assurant une redistribution uniforme en fonction des revenus est a priori plus simple et plus efficace que le modèle « bismarckien » fondé sur un principe assurantiel, mais l’expérience prouve que ce dernier est politiquement plus robuste. Reste que le modèle bismarckien est fragilisé par l’« ubérisation » et l’éclatement du salariat. Le livre se termine par quelques recommandations pour une adaptation prudente du système : harmonisation des régimes et des minimas, développement de la prévention sanitaire, politique proactive de formation et d’intégration inspirée de la « flexisécurité » danoise.