Religion |  Patrice de Plunkett |  Salvator, 2018, 160 p., 15,90 € Par Christian Mellon | 22 mai 2018
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La tentation, chez un nombre croissant de catholiques de France, de s’enfermer dans un « identitarisme » sectaire suscite l’inquiétude de l’ancien cofondateur du Figaro Magazine, jadis pourfendeur du CCFD et des « cathos de gauche » des années 1980. Fruit de sa conversion à l’Évangile (dont il relate les étapes avec pudeur, en évoquant les raisons de ses aveuglements d’hier), ce livre courageux décrit et analyse l’idéologie sectaire qui séduit une partie des catholiques français, non pas les plus nombreux, mais les plus bruyants, notamment sur les réseaux sociaux. Évoquant l’héritage lointain de l’Action française (qui affirmait en 1906 que ce serait une « catastrophe » que de mettre en œuvre l’Évangile !), il récuse le « christianisme sans Christ » de ceux qui « refusent d’appliquer l’Évangile là où l’Argent est en jeu » ou qui estiment que « l’Évangile ne s’applique pas à la personne de l’immigré ». La « bergogliophobie bourgeoise » de ces « cathos qui pensent non avec l’Église mais avec leur milieu social » peut s’expliquer par une profonde ignorance (voire par l’occultation délibérée) de la doctrine sociale de l’Église, en particulier de sa constante condamnation de l’idéologie libérale. Ceux qui sont révulsés par « la révolution du pape François » (par exemple dans Laudato si’ ou dans son discours de 2015 aux mouvements populaires autochtones en Bolivie) ignorent comment les papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont souvent apporté un même « démenti frontal aux thèses du libéralisme ». Ils escamotent ainsi tout un pan du message de Jean-Paul II, pour qui l’enseignement de l’Église sur l’économie « fait partie de la théologie morale ». L’identitarisme sectaire aime parler des « racines » mais oublie les «sources » ! Or « une collectivité humaine n’est pas un arbre, mais un fleuve ». S’étonnant de voir ceux qui, au nom de l’anti-mondialisme, « tombent dans le tribalisme » et en viennent à « préférer un antichrétien de droite à un chrétien de gauche », l’auteur dénonce l’« OPA de certains partis sur le milieu catholique en France », notamment avec Sens commun et le rapprochement avec certaines composantes du Front national. Cet ouvrage de mise en garde est aussi traversé par une ferme espérance, puisée dans le Nouveau Testament, abondamment cité. Patrice de Plunkett croit que les catholiques, s’ils récusent le « militantisme amer », s’ils cessent de se croire « assiégés par la cathophobie » et de propager une idéologie qui se sert du Christ sans se soucier de son Évangile, peuvent « aider nos contemporains à connaître le Christ ».