Société |  Jean-Michel Chaumont |  La Découverte, 2017, 400 p., 26 € Par Alice Corbet | 30 mai 2018
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Il fut un temps où l’honneur était une telle valeur morale que l’on pouvait accuser un soldat survivant de lâcheté, sinon de traîtrise, parce qu’il n’était pas mort sur le champ de bataille. Le sacrifice individuel était attendu quand le groupe entier était menacé. Jean-Michel Chaumont, dans une érudite démonstration menée en trois temps, interroge notre société qui a évolué vers la survie « à tout prix ». Les deux premières parties de son livre s’attachent, à partir d’une recherche historique dense et de nombreux extraits d’archives, au comportement des militants communistes belges lors de la Seconde Guerre mondiale. Comment le parti a-t-il jugé ceux qui, sous la torture, n’ont pas parlé et ont résisté : ceux qui, aujourd’hui, sont qualifiés de « victimes » ? Souvent considérés comme n’en ayant pas fait assez, suspects d’être toujours en vie, leur image de survivants demeure cependant bien utile pour démontrer l’honneur militant. Quant aux survivants des Sonderkommandos, ces captifs qui alimentaient la machine de mort nazie pour survivre, on les a successivement suspectés de ne pas avoir d’honneur puis assimilés à des martyrs : ils incarnent la « morale de la survie ». Dans sa troisième partie, l’auteur évoque – un peu étrangement suite aux premiers chapitres historiques et très documentés – le cas des viols, à travers plusieurs récits – de Lucrèce à Virginie Despentes. La femme violée a longtemps été suspectée d’avoir participé à son malheur, entraînant les « crimes d’honneur » qui entérinent la domination masculine. Survivantes, elles n’auraient plus d’honneur. Or Jean-Michel Chaumont nous montre comment l’honneur, aujourd’hui, réside dans leur survie.